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Max Horkheimer : "Besoins"

Publié par Kiergaard sur 3 Août 2013, 15:05pm

Catégories : #Philosophie, #Réflexions économiques

(Notes critiques (1953-1955 pour celle ci))

"Que l'industrie crée artificiellement les besoins en fonction de ses marchandises, cela on le savait bien avant Hegel. Ce qui a échappé aux penseurs, c'est la disparition du besoin naturel lui-même. Ils ont vu la contradiction entre l'établissement d'un prétendu minimum vital "culturel" et la frugalité des masses constamment entretenue, entre l'intérêt pour une demande croissance et celui pour la baisse des coûts de fabrication, la contradiction entre la masse comme consommatrice et comme salariée. Ce phénomène a depuis longtemps reflué ; avec la transformation des grands pouvoirs économiques en institutions en même temps que la reprise d'innombrables fonctions économiques par l'État, la forme de la demande s'est modifiée elle aussi. Quiconque veut exister dans cette société doit avoir un standard de vie que la situation préfigure et - en tant que consommateur devenant lui même producteur de sa capacité d'employé - il faut qu'il maintienne en état, renouvelle, complète etc., ses moyens de production "privés" sans lesquels il n'est pas utilisable : sa bicyclette, son auto, sa radio, son logement avec tous les équipements qu'il faut à l'intérieur , ses vêtements de rigueur et tout ce qui s'ensuit. De consommateur, il devient contribuable. La différence entre prix d'achat et impôt, entre propriété publique et sociale car les sommes qu'il paye pour l'entretien de la rue et pour son propre outil de transport sont aussi involontaires l'une que l'autre, sauf qu'il doit encore assurer lui-même le service de son outil de transport. Peut être le besoin le plus récent demande-t-il à chaque fois une stimulation préalable, comme par exemple celui, authentiquement culturel, de la télévision ! Mais ça ne dure qu'un court laps de temps. Faites revenir l'époque des discours enflammés, et celui qui ne regarde pas docilement la boîte à image est déjà subversif. Il faut absolument l'avoir, cette boîte. L'exemple est instructif. Tous les appareils, depuis le réveille-matin jusqu'au microsillon, deviennent, dans la société en mutation, des éléments de l'hypnose, du lavage de cerveau à grande échelle. Cela a commencé par la production des besoins, maintenant on constate que, dans leur essence, les besoins produits n'ont pas d'autre finalité que leur propre production. L'hypostase du moyen, le processus de réification, tend à ce que la volonté de l'être humain ne s'applique plus qu'à sa propre production, une sorte de passion vide. Il n'est pas vrai que la machine en soi commande les hommes qui la servent. Elle ne commande que là où il n'y a pas de sujets qui disposent d'elle. Aujourd'hui chez tous les individus, n'existe plus que la contrainte à l'exécution, la décision s'accomplit à l'aveuglette et dans l'anonymat - malgré guides et chefs d'entreprises. Seule la formation d'un sujet qui dispose établirait la liberté - et le besoin. "

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