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Interview de Sergueï Lavrov à la chaîne russe Perviy Kanal (Points-Clés)

Publié par Kiergaard sur 22 Septembre 2013, 14:17pm

Catégories : #Géopolitique-International

Interview de Sergueï Lavrov à la chaîne russe Perviy Kanal (Points-Clés)

Cette interview destinée à être diffusée dans la soirée est diffusée sur le site du ministère des Affaires Étrangères russe. Elle synthétise de manière très claire les enjeux diplomatiques mais également les tensions idéologiques entre occidentaux et russes sur la question syrienne. Elle donne également des informations très importantes sur la manière dont la Russie entend construire son rôle dans la diplomatie mondiale.
[Certains éléments majeurs de l'interview ont été évoqués dans divers articles de presse : celui de Romandie.com qui reprend une dépêche AFP de Moscou est le plus complet.]

Je ne peux pas faire une traduction complète de l'article, la traduction en ligne du russe vers l'anglais ou le français offre trop de complications et d'approximations pour être fidèle à mon niveau, je me borne à pointer les points-clés

"Entretien avec le ministre des Affaires étrangères de la Russie Sergeï Lavrov pour le "Sunday Time" sur Channel One, Moscou, le 22 Septembre 2013" : Points-Clés

  • Interrogé sur les preuves syriennes et russes quant à l'usage allégué de sarin par les rebelles, il s'en tient à faire état de "données techniques en cours d'analyse par des experts" qui le conforte dans ce qu'il a évoqué précédemment. [Il y a clairement une bataille d'intelligence destinée à remporter l'adhésion de l'opinion publique et l'adhésion des médias pour sensibiliser la "communauté internationale]
  • Interrogé sur les conclusions paradoxales tirées du rapport de l'ONU, il relève que les occidentaux n'ont pas attendu la publication de ce rapport pour dire qu'ils n'en avaient pas besoin et qu'ils avaient déjà imputé la responsabilité à Assad sur la base de divers rapports d'intelligence. De plus ce rapport entre en contradiction avec divers témoignages d'acteurs sur place qui n'ont pas l'air pris en compte selon lui. De plus, il semble un peu agacé de la manière dont les occidentaux communiquent la dessus en parlant de leur position comme d'une évidence. Il attaque également la manière dont les occidentaux se sont emparés du rapport des experts de l'ONU pour tirer des conclusions hors-mandat de ce rapport "ce n'est pas professionnel, c'est idéologique et politique". Il indique également avoir été déçu de la manière dont les USA ont fait pression sur le secrétariat général de l'ONU pour qu'un rapport soit "fiévreusement" rendu sur les seuls évènements du 21 août et il espère que les enquêteurs de l'ONU auront l'occasion d'enquêter sur d'autres évènements de manière sereine.
  • Il est ensuite interrogé sur le fait que diverses sources indiquent que les rebelles (dont une bonne partie d'islamistes) pourraient très certainement disposer et user de telles armes ainsi que sur son avis sur un départ du pouvoir de Bachar al-Assad.
    Il répond que " Nos partenaires sont désormais aveuglés par leur objectif idéologique de changement de régime, ils ont déclaré il y a 2 ans qu'il ne devrait plus être sur cette Terre alors c'est ce qu'il doit être pour eux. Ils ne veulent pas reconnaître qu'ils se sont encore une fois trompés: comme ils se sont trompés en Libye en bombardant le pays et le laissant au bord du chaos; comme ils se sont trompés en Irak en faisant la même chose et en menant en plus une opération terrestre, laissant le pays dans une situation extrêmement difficile, où des dizaines de personnes meurent chaque jour dans des attentats"... Il appelle à se souvenir de ces échecs
    Il déclare également en substance, dans une attaque très dure, que l'approche des occidentaux est trop fortement politisée, que leur attitude consiste à essayer de donner le ton au Moyen-Orient pour prouver leur propre supériorité. Il se défend d'avoir de telles motivations pour régler la crise actuelle en Syrie. Ils dénoncent le fait que les occidentaux agissent dans la précipitation sans même laisser le temps à la diplomatie de faire son œuvre (y compris ce qui a été décidé lors de la réunion Kerry-Lavrov). Il soutient que : "Nos partenaires américains commencent à nous faire du chantage en disant: si la Russie ne soutient pas une résolution en vertu du chapitre VII au Conseil de sécurité de l'ONU, nous arrêterons de travailler à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC)". Il souligne également que les occidentaux pourrait attendre la décision de l'OIAC avant de se lancer dans des commentaires politiques.
  • Il détaille ensuite sur son refus d'une résolution du Conseil de Sécurité basée sur le chapitre VII prévoyant un recours à la force. S'il est pour une résolution ferme, il refuse un chantage idéologique destinée à présenter comme une victoire occidentale le fait de prévoir un recours à la force et qui viendrait éclipser ce que le journaliste appelle une victoire diplomatique russe. Implicitement, il semble remettre en cause le fait que les américains souhaitent un travail sérieux dans le démantèlement des armes chimiques. Aveuglés par leur idéologie d'un changement de régime, Lavrov souligne qu'il n'est pas concevable qu'ils ne s'aperçoivent pas des risques majeurs que feraient courir l'arrivée au pouvoir chaotique des islamistes radicaux qui sont les factions les plus habiles et les plus virulentes sur le terrain. (Il estime le nombre d' islamistes radicaux ou djihadistes entre 66 et 75% du total des combattants (gonflant ainsi légèrement les derniers chiffres d'agences de renseignement disponibles faisant état de plus de 50%)).
  • Interrogé sur les raisons du soutien occidentaux aux rebelles, il n'apporte pas de réponse mais souligne implicitement le fait que les occidentaux s'opposeraient à l'avènement d'un monde polycentrique ou les plus puissants ne commanderaient pas aux autres. Si les occidentaux tiennent à leur "mantra" (droits de l'homme, liberté etc...), ne pas se soucier de la stabilité de la région dans son ensemble est une erreur grossière et il ne voit même pas comment les évocations de "chaos contrôlé" pourrait s'appliquer à la situation actuelle qui est tout sauf contrôlée.
  • Il détaille ensuite l'éventuelle feuille de route pour le désarmement chimique de la Syrie : travaux de l'OIAC, sécurité des experts qui iraient travailler sur place, définition des zones d'accès immédiat et sans-entrave. Il avance un coût moins élevé que le milliard de dollars évoqué par Bachar al-Assad (néanmoins le coût sera nécessairement élevé pour assurer la sécurité des experts sur place). Il faudra trouver quelque chose pour repousser la disposition selon laquelle les armes doivent être détruites sur place (les conditions ne le permettant pas pour l'instant).
  • S'il refuse absolument la présence de forces internationales en Syrie, il souligne que les opérations qui seront menées dans le cadre du démantèlement rendront nécessaire d'assurer la sécurité des agents et il met à disposition les forces de police ou militaire russe pour la chose. Il lance une mise en garde : "Lors de la réunion (à Genève) a également été souligné que les parties syriennes et les autres, c'est-à- l'opposition, ont la responsabilité de ne pas créer de risques pour la sécurité des inspecteurs internationaux. Et ceux qui ont nourri cette opposition, qui continuent de la promouvoir et de la couvrir, devrait sentir leur responsabilité de prévenir les provocations de ces groupes contre le personnel international."
  • Il souligne que le rythme du désarmement a pour le moment été fixé quasiment exclusivement par les américains et il appelle à laisser les experts de l'OIAC faire leu travail sereinement. "Je voudrais préciser que nous ne sommes pas le garant du désarmement chimique en Syrie", a-t-il dit, ajoutant que "Moscou avait seulement permis que Damas accepte d'adhérer à la convention sur l'interdiction des armes chimiques sans aucune clause". "Maintenant la Syrie est l'un des signataires de ce document juridiquement contraignant. C'est la raison pour laquelle désormais c'est toute la communauté internationale qui est garante du respect par la Syrie de ses obligations"
  • Il appelle à des négociations refusant l'idéologie et la politique dans le traitement du désarmement chimique syrien. En conditionnant un soutien au processus de l'OIAC au vote d'une résolution fortement contraignante, les USA "mettent la charrue avant les bœufs" et nuisent à un travail professionnel et efficace ainsi qu'au rôle de l'ONU qui est justement censée représenter la communauté internationale.
  • Il appelle ses partenaires à "calmer leurs nerfs" et à s'attacher au droit international (en l'occurrence la Convention sur les armes chimiques), plutôt que de rédiger des résolutions que la Convention relègue au second plan. Il les appelle également à calmer leurs ambitions privées, nationales, politiques et stratégiques.
  • Pour résoudre le conflit syrien, il pointe le fait que la base doit être acceptée par tous... Si la base du communiqué du 30 juin 2012 à Genève est une base pour négocier, les occidentaux veulent à tout prix placer cette conférence sous le signe du départ d'Assad, en accord avec le discours idéologique des occidentaux, ce qui bloque considérablement les négociations. Il affirme que la diplomatie russe est parfois "têtue" mais uniquement face aux violations les plus flagrantes du droit international. "Si nous trouvons un accord, nos partenaires ne seront pas trompés", il souligne qu'il est dommage que "nos partenaires" ne le font parfois pas en retour...

     


 

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