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Ce que souligne le recul de Moscovici sur la taxe sur les transactions financières

Publié par Kiergaard sur 12 Juillet 2013, 10:14am

Catégories : #Réflexions économiques, #Actualité économique et financière

Concernant les détails je renvoie à ces 2 articles :
Le premier émanant d'Attac et de l'ONG allemande WEED (haha...) qui s'il va évidemment dans un sens n'en fait pas moins l'économie d'une présentation technique complète.
Un article du Figaro d'avril qui présentait les arguments des professionnels du secteur face à une mesure "maximaliste".

Le contexte et le croisement des 2 articles fait ressortir plusieurs observations plus ou moins spontanées :

  • Il est toujours plus simple d'afficher une volonté tendue vers des objectifs légitimes que de concrétiser cette volonté face aux professionnels du secteur surtout du côté des secteurs financiers qui alimente le circuit de l'économie en argent frais et le circuit du casino financier en jeu d'écritures comptables.
  • Contrairement aux professionnels du secteur dont les intérêts financiers dépassent les frontières et les questions nationales, les politiques des états membres sont incapables de parler d'une seule voix puisqu'ils ont eux-même subis nationalement à la pression des lobbies des secteurs concernés.
  • La Commission qui jouait certes pour son propre compte va pâtir, une fois n'est pas coutume, des intérêts financiers qui s'exprimeront à travers les hommes politiques.
  • La présentation de la chose sera présenté comme un recul de Moscovici et de Hollande, même de la part de ceux qui sont opposés à la mesure et elle sera très difficile à justifier dans l'opinion.
  • Plus profondément, je m'inquiète que le débat porte sur la véracité des dires des banquiers ou de la légitimité de la chose ou des potentielles incidences pour la Bourse plutôt que de ce que cela révèle du fonctionnement du système financier.
  • En effet, si on analyse autrement les arguments du secteur (qui sans les prendre au mot témoigne sans doute d'une inquiétude liée à la fragilité qu'on a évoqué quand au niveau de leur ratio de levier) on peut être raisonnablement interloqué voire choqué par certaines affirmations.
  • Le PDG de Natixis nous informe qu'une taxation de 0.1% et de 0.01% sur la plupart des opérations financières de sa banque aboutirait à des charges de l'ordre du montant de son chiffre d'affaires annuel !!! Imaginez le montant des engagements financiers et des transactions financières effectuées !!! Pour des injections dans l'économie réelle dont l'encours est certes important plus de 1000 milliards d'euros (signalons néanmoins que l'encours ne traduit pas les volumes prêtés sur une année par exemple mais uniquement les sommes dues) mais qui est quasiment au niveau des dépôts bancaires.
  • Par voie de conséquence on peut s'interroger sur tout l'intérêt des jeux d'écritures comptables, des montants utilisés dans le marché des dérivés, dans les couvertures, les couvertures de couverture, dans la spéculation financière au sens large quand on constate que les banques réagissent comme si on taxait les battements d'ailes d'une mouche plutôt que la distance parcourue.
  • Tout cela souligne l'écart monstrueux qui existe entre les engagements comptables et financiers des banques et leurs fonds propres qui sont très faibles et qui ne peuvent pas se traduire en imposition réelle et en argent tangible.
  • Cela pose également question de la manière dont les banques auraient remboursés en moins de 2 ans les centaines de milliards d'euros du plan de soutien post-crise tout en pleurant sur une taxation réelle bien inférieure... Jeu d'écritures encore sans doute.
  • Est illustrée et mise à nue la complexité du système bancaire et financier dans son ensemble qui semble non seulement "too big to fail" mais également trop complexe pour agir dessus.
  • La réaction politique à laquelle on assiste aujourd'hui n'est que l'acceptation résignée de cet état de fait doublée de la tétanie de politiques soumis chaque jour aux assauts de cette complexité et incapable de parler d'une seule voix pour s'extraire de cette complexité et réformer le système financier international. Ils ont abandonné la chose par routine, habitude de se faire communiquer des données complexes, effrayés par l'idée de manipuler cette masse énorme qui renferme en son sein tout un entrelacs d'intérêts qu'il ne faut pas perturber sous peine de se voir attirer les foudres de ce monstre.

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