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Traduction : Communication du gouverneur de la banque centrale islandaise : "The evolving structure of the post-crisis financial sector"

Publié par Kiergaard sur 16 Avril 2013, 00:13am

Catégories : #Actualité économique et financière

 

Traduction inédite d'une communication du gouverneur de la banque centrale islandaise qui livre une belle analyse sur la structure en mutation du secteur financier d'après-crise.

Source : http://www.bis.org/review/r130415a.pdf?ql=1

Már Guðmundsson: The evolving structure of the post-crisis financial sector

 

Discours au 3ème forum stratégique annuel de Palm Beach (8 avril 2013) du gouverneur de la banque centrale d'Islande.



« Je suis heureux et honoré de m'adresser à vous aujourd'hui et je voudrais vous remercier les organisateurs de m'en donner l'opportunité.
Cette session est relative à la situation et aux perspectives économiques globales.D'autres intervenants ont couvert les champs de la politique monétaire et macroéconomique. Je vais utiliser le temps qui m'est imparti pour me concentrer principalement sur le secteur financier mais je vous promets de vous dire quelques mots sur l'Islande.

Il y a, bien sur, un important lien entre l'économie réelle et les sphères financières.Un secteur financier cassé est moins à même de financer la croissance dont nous avons besoin. Dans beaucoup de pays développés, nous sommes dans les premières phases d'un processus de désendettement où, à divers degrés, ménages, entreprises, états souverains et institutions financières sont – par contrainte ou par choix – en train de réduire leurs taux d'endettement qui sont devenus insoutenables ou trop risqué dans le nouvel environnement.
Un tel désendettement généralisé peut être un processus douloureux avec des effets néfastes sur la croissance économique pour une longue période comme l'ont corroboré d'anciens épisodes. Cependant, en lisant les données, dans beaucoup de nos pays la faiblesse de la croissance du crédit est plus lié à une faiblesse de la demande qu'à une faiblesse de l'offre. Si nous avions une baguette magique pour remettre le secteur bancaire en pleine forme et à un niveau optimal de ratio d'endettement demain nous n'aurions pas résolu le problème. Des problèmes de dettes significatifs existeraient toujours pour plusieurs états souverains et certaines parties du secteur privé non-financier. De plus, nous aurions toujours la crise de confiance qui est encore si prononcé en Europe. Donc il va y avoir un processus plus lent. L'Union Européenne n'a pas résolu sa crise, bien qu'elle ait fait des progrès de désendettement et d'atténuation des risques dans les bilans bancaires.

En septembre 2008, quand j'étais encore à la BRI (Banque des Règlements Internationaux), j'ai prononcé un discours à Boston intitulé : « 
Comment la crise financière actuelle pourrait façonner la régulation et la structure du secteur financier ? »
Je réalise à présent combien cette entreprise était téméraire parce qu'elle aurait dû être effective dès le départ.
Néanmoins bon nombre des changements potentiels que j'avais évoqué ont résisté à l'épreuve du temps, comme l'inévitable désendettement, les changements dans le modèle d'affaires des banques, notamment sur le plan du financement ; le besoin de plus de capital et de réserves de liquidités ; mais également à quel point les crises transnationales et la résolution des faillites bancaires peuvent s'avérer difficile dans le contexte européen.
Mais, il y avait également des éléments manquants dans ma liste – éléments qui se sont révélés d'une importance majeure pour le déploiement de la crise et l'agenda des réformes. Les principaux d'entre eux sont l'interaction entre la dette souveraine et la fragilité bancaire ainsi que le problème des grandes banques dans de petits états – dont mon état, l'Islande, est un bon exemple et Chypre le plus récent. Je m'étendrai sur ce sujet sous peu.

La crise financière et les réponses politiques qui lui ont été apportées, notamment certaines décisions drastiques prises dans le feu de l'intensité de la gestion de la crise, ont changé la structure du secteur financier et le changeront encore plus profondément à l'avenir. Il y a plusieurs raisons à cela, telle que l'effondrement pur et simple et la disparition d'institutions financières, la non viabilité de certains modèles et pratiques d'affaires dans un nouvel environnement, le besoin pour le secteur financier de se réduire et de se désendetter après que les risques réels furent révélés dans le monde, les conséquences prévues ou imprévues des nouvelles réglementations prudentielles, les effets à venir des réglementations structurelles qui protègent au moins partiellement les dépôts assurés et les systèmes de paiements du « casino ».

Ensuite il y a la contraction des transactions bancaires transfrontières par le repli des banques derrière leurs frontières nationales et la faiblesse et parfois l'effondrement des centres financiers internationaux dans les petits pays.
Nous pouvons voir où cela conduit, vers un secteur financier plus petit, moins endetté, moins complexe, moins fragmenté, plus régulé et plus national. C'est en partie inévitable et un certain reflux du niveau excessif de la finance par rapport à l'économie réelle est probablement bénéfique à ce stade au niveau national et mondial. Le risque, cependant, est que le processus aille trop loin. Oui, il y a des risques dans la globalisation financière, mais il y a aussi des bénéfices. Et pour profiter de ces bénéfices nous avons besoin d'un cadre plus sûr pour les opérations bancaires transfrontières au niveau régional et global et de certaines règles de base pour le flux des capitaux et de contrôle des capitaux.

Permettez moi de parler brièvement de mon propre pays, l'Islande, pour illustrer certaines questions soulevées. Durant la crise financière, trois petits états européens qui avait de relativement importants systèmes bancaire, mais pas de problèmes budgétaires apparents avant la crise ont souffert de très sérieuses crises économiques et financières. Il s'agit de l'Islande, de l’Irlande et de Chypre. Dans ces trois pays le bilan des banques représentait environ 8 à 9 fois le PIB.
Tous les 3 sont membres du marché intérieur européen – dans le cas de l'Islande à travers la convention sur l'Espace Économique Européen. Cela inclut la libre circulation des capitaux et des services financiers. Les principes fondamentaux sont ceux de l'octroi de licences nationales pour opérer partout dans la zone et d'une concurrence équitable peu importe la taille ou la localisation. Il va donc à l'encontre des principes profonds de ce cadre de considérer le bilan des banques relativement au PIB comme une préoccupation comme il est à juste titre à la mode de le faire.
Nous savons maintenant qu'il y a des failles profondes dans ce cadre et que ces défauts sont des éléments importants dans la crise de la zone euro, mais ils ont aussi joué dans le cas de la crise bancaire islandaise.
Une question clé ici est la contradiction entre ces soi-disant droits de passeport européen d'une part, et la supervision nationale, l'assurance des dépôts nationale, et la gestion nationale des crises et des régimes de résolution d'autre part. C'est ce à quoi les récentes propositions d'union bancaire sont supposées répondre.
L'adhésion au marché commun européen, accompagné d'une conjoncture mondiale de crédit abondant et bon marché a rendu possible pour les banques islandaises de s'accroître phénoménalement au cours des 5 dernières années, de 2 fois le PUB à plus de 9 fois celui-ci. Plus tôt dans la décennie les banques avaient été privatisées et étaient devenues dirigées par des ex banquiers d'investissement relativement jeunes et accros au risque. Beaucoup de cette expansion s'est réalisée hors des frontières islandaises, avec à la fois le financement et l'investissement qui se produisant à l'étranger. Dans le cas de l'Islande, il y avait un risque supplémentaire substantiel en comparaison de l'Irlande et de Chypre, car 70% des bilans bancaires étaient libellés en monnaie étrangères, avec la traditionnelle asymétrie des échéances (
Situation résultant du financement d'opérations de crédit à long terme par des ressources à court terme) qui constitue le gagne-pain de la banque mais sans aucun prêteur crédible en dernier ressort pour le soutenir. En d'autres mots, les banques islandaises n'avaient qu'un accès limité aux liquidités de la BCE (bien qu'il y avait un certain accès à travers des filiales au Luxembourg), ce qui a été fatal durant l'exécution globale (le déclenchement) des engagements des banques immédiatement consécutive de l'effondrement de Lehman Brothers.

Mais il y a toujours une lueur d'espoir. L'absence d'un filet de sécurité adéquat et l'absence d'une coopération internationale et régionale au plus fort de la panique a forcé l'Islande a adopter une solution radicale dans le but de contenir la dette souveraine lors de l'effondrement des banques. Il s'agissait de banques privées et un renflouement par la dette islandaise aurait ruiné le pays.
Du jour au lendemain, les banques ont été réparties entre banques nationales et internationales sans interruption de l'accès aux services bancaires pour le public, et les banques internationales ont été mises en faillite. Le résultat a été une réduction drastique du levier d'endettement du système bancaire restant qui est passé de plus de 30 à environ 5. Oui, l'Islande a dû introduire des contrôles de capitaux, qui sont toujours en place. Mais ces contrôles n'ont pas pris la forme d'une limitation des retraits auprès des banques, comme cela a été fait à Chypre, et les opérations courantes se sont faites la plupart du temps sans restriction.

L'histoire et des recherches approfondies nous dirons si cette réponse par un sevrage brutal se révélera meilleure que des approches plus graduelles qui parfois se transforment en « death by a thousand cuts » (cats dans la transcription) (
la manière dont un changement négatif majeur qui se produit lentement par de nombreux et inaperçus paliers n'est pas perçu comme répréhensible), en mort lente (référence à une torture chinoise).
Lors de ces évaluations il faudra tenir compte du fait que la récession islandaise est le résultat de 2 histoires : Le cycle macroéconomique d'expansion-récession dans une petite économie ouverte et financièrement intégrée ainsi que l'expansion puis l'effondrement de 3 banques transfrontières opérant sur la base de la législation européenne.
Le premier est familier, et l'Islande était déjà en route vers une récession quand les 3 banques se sont effondrées. Le second était unique à l'époque puisque cela s'est produit à l'occasion de la première crise financière internationale depuis la naissance du marché commun européen.
L'Islande a perdu près de 12% de son PIB au creux de la récession. Mais la reprise s'est amorcée au milieu de 2010 et la Banque Centrale prévoit que l'économie devrait croître de 2% cette année. La reprise a permis de réduire le taux de chômage corrigé des variations saisonnières de plus de 9% à environ 4,5%. Les nouvelles banques, plus petites et orientées vers le marché domestique, ont été remises sur pied. Mais il y a encore des problèmes hérités du passé et des défis, y compris le contrôle des capitaux et des anticipations d'inflation supérieures aux objectifs.

Avant de terminer, permettez moi de m'éloigner un peu de mon propos et de dire quelques mots au sujet de possibles futures tendances de long terme concernant la taille et l'importance relative du système financier.Regardez ces 2 graphiques (que je ne peux malheureusement pas inséré ne pouvant pas éditer le pdf efficacement mais qui sont disponibles ICI (page 55)). L'un montre la part de l'industrie financière dans le PIB à partir de 1860. L'autre montre les salaires relatifs (« relative skill-corrected wages ») à compétences « corrigées » dans le secteur financier et un index de dérégulation (où une baisse signifie plus de régulation). Nous pouvons voir qu'il y a un pic dans toutes ces mesures aux alentours de la crise de 1929, suivi par une baisse séculaire. La régulation augmente à un pic et les salaires atteignent leur plus bas niveau dans les années 60-70. Ensuite il y a une longue montée juste avant la crise actuelle. Si c'était tout ce dont nous aurions à aller vers, il serait difficile d'échapper à une prévision certaine de ce qui arriverait ensuite. La grande question est ce que cela pourrait signifier pour la croissance et la prospérité. Il est important que nous trouvions un équilibre comme il est si bien dit dans le programme de cette événement.
Je vous remercie beaucoup ».


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