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Panorama de l'histoire monétaire et financière des USA (1/3)

Publié par Kiergaard sur 21 Mai 2013, 13:09pm

Catégories : #Histoire

Un jour ou je m'ennuyais, Plusieurs nuits où je m'ennuyais, il m'était venu à l'idée de commenter certains éléments que l'on retrouve souvent sous le vocable conspirationniste concernant la réserve fédérale américaine et le pouvoir des banquiers. En faisant quelques recherches sur le sujet et en tombant sur des sources intéressantes, j'ai entamé une chronologie, certes incomplète, qui traite de grands évènements ou de grandes tendances de l'histoire monétaire et financière américaine.
Cela vaut ce que ça vaut et je ne peux pas me lancer dans une analyse purement économique qui nécessiterait des connaissances que je n'ai pas et des données complexes à analyser. J'ai tenté de faire un panorama rapide de certains éléments dans un ordre chronologique en tâchant d'insister sur les réactions politiques de l'époque.
J'avais eu du mal à continuer par manque de temps alors je vais surement rédiger un article en 3 parties (Des origines à 1900, de 1900 jusqu'à 1945 et de 1945 à nos jours).


1° Durant les années 1740-1750, la politique économique et monétaire britannique vis à vis de ses 13 colonies reposait sur un contrôle très strict des échanges extérieurs de ses colonies et la circulation d'un volume très faible de monnaie. Le système en Angleterre était celui de la monnaie-dette (or et argent) fourni en quantité insuffisante aux colonies. A cela s'ajoutait qu'en 1742, le "British Resumption Act" requit que les taxes et autres dettes soient payées en or

(Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, tome 3, 1993, p.  499).

2° Néanmoins dans les années 1750-1760, le développement économique dans les colonies a été très important a tel point que la banque d'Angleterre a demandé à Benjamin Franklin pourquoi les colonies semblaient si prospères et sa réponse fut la suivante : "
That is simple. In the Colonies we issue our own money. It is called Colonial Script. We issue it in proper proportion to the demands of trade and industry to make the products pass easily from the producers to the consumers. In this manner, creating for ourselves our own paper money, we control its purchasing power, and we have no interest to pay no one (1763) Traduction : "Dans les colonies, nous émettons notre propre papier-monnaie, nous l'appelons Colonial Script, et nous en émettons assez pour faire facilement passer tous les produits des producteurs aux consommateurs.Créant ainsi notre propre papier-monnaie, nous contrôlons notre pouvoir d'achat et nous n'avons aucun intérêt à payer à personne". ( Words of the Founding Fathers : p.129). Benjamin Franklin en qualité d'imprimeur participe directement de la création de cette monnaie.

3° En 1763 fut voté un texte ( Currency Act of 1764) qui interdisait désormais à tous les colonies (et non plus seulement à celle de Nouvelle Angleterre pour ses dettes publiques) d'émettre leur papier-monnaie pour leurs dettes publiques ou privées (ce papier monnaie avait été utilisé pour les dépenses de guerre durant les guerres indiennes mais également pour les dettes privées contribuant au succès économique des colonies tandis que l'Angleterre insulaire devait une des intérêts exhorbitants à la banque centrale). Le texte fut adopté sous la pression des marchands anglais qui subissait la dépréciation de ce papier-monnaie colonial dans leurs transactions avec les colonies. Il traduit l'imposition forcée d'une politique monétaire restrictive basée sur la monnaie-dette anglaise qui plongea alors les colonies dans une profonde récession et une grave crise financière. (The Encyclopedia of Money : Larry Allen p.98).

4° Benjamin Franklin déclarait à ce propos dans son autobiographie : "En un an, les conditions changèrent tellement que l'ère de prospérité se termina, et une dépression s'installa, à tel point que les rues des colonies étaient remplies de chômeurs".


5° Endetté après la guerre de Sept Ans auprès de la banque d'Angleterre, le Roi fit voter différentes taxes qui agitèrent le pays (the Swamp Tax en 1765 - Townshend Acts en 1767 - Tea Act en 1773 ) sur les timbres notamment qui furent ensuite abrogées sous la pression des colons qui, n'étant pas représenté au Parlement britannique s'unir autour du slogan : "No taxation without representation".

6° A ce sujet Benjamin Franklin déclare que : "les colonies auraient volontiers supporté l'insignifiante taxe sur le thé et autres, articles, sans la pauvreté causée par la mauvaise influence des banquiers anglais sur le Parlement : ce qui a crée dans les colonies la haine de l'Angleterre et a causé la guerre de la Révolution".


7° En 1782, Robert Morris milite en accord avec Benjamin Franklin et Alexander Hamilton pour la création d'une banque privée, Bank of North American pour financer l'effort de guerre, elle devint de facto une banque centrale jusqu'à la fin de la guerre et les débats préparatoires à la Constitution de 1787 lui firent perdrent ses attributions l'assimilant à une banque centale. (Wikipédia : Bank of North America (sourcé)).
 
8° La guerre achevée et remportée par les patriotes, le Congrès décida le 6 juillet 1785 que l'unité monétaire américaine serait le dollar.

 

9° Le gouverneur Morris, représentant de la Pensylvanie durant la Convention Constitutionnelle déclara : "The rich will strive to establish their domination and enslave the rest. They always did...they always will. They will have the same effect here as elsewhere, if we do not, by the power of government, keep them in their proper spheres" (Traduction : "Les riches se battront pour établir leur domination et asservir le reste. Ils l'ont toujours fait et il le feront toujours. Ils feront de même ici comme ailleurs si nous ne les maintenons pas dans leurs propres sphères par la force du gouvernement").
Les débats lors de la rédaction de la Constitution de 1787 tinrent compte de l'expérience douloureuse des années 1760-1770. Il fut donc décidé à l'article 1, section 8, paragraphe 5 du titre premier relatif au pouvoir législatif que : "Le Congrès aura le pouvoir : - De battre monnaie, d'en déterminer la valeur et celle de la monnaie étrangère, et de fixer l'étalon des poids et mesures" ; Une autre disposition précise que "Le Congrès aura le pouvoir de : - De lever et de percevoir des taxes, droits, impôts et excises, de payer les dettes et pourvoir à la défense commune et à la prospérité générale des États-Unis ; mais lesdits droits, impôts et excises seront uniformes dans toute l'étendue des États-Unis".

10° Dans les débats préalables à cette Constitution le sujet du pouvoir du Congrès d'octroyer des chartes ou de constituer une société ou une banque fut laissé sur le côté malgré des tentatives d'Hamilton pour faire passer un article à visée générale (sans mentionner le term "Bank") en ce sens. Ce pouvoir fut laissé aux états fédérés qui créerent de nombreuses banques commerciales jusqu'en 1863 ou l'état fédéral repris la compétence (The U.S Constitution and Money : Corruption and Decline : Michael S. Rozeff p.82).

11° Dans les débats sur "l'incorporation d'une Banque Centrale des USA" (traduction incertaine d'"incorporation") au début de l'année 1791, l'opinion l'Alexander Hamilton a prévalu et il a fallu amender la Constitution. Hamilton, très influencé par le fonctionnement de la Banque d'Angleterre, considèrait que cela était nécessaire pour développer l'économie de la Nation nouvelle. Plus précisément il voulait accroître la possibilité d'obtenir des capitaux à court terme et gérer les lettres de change dans les transactions internationales. De plus, il voulait augmenter la circulation des billets de banque pour compenser la rareté des espèces.
Dans les débats qui ont suivi, les critiques relatives au monopole du Congrès s'estompèrent au profit de questions constitutionnelles touchant le point de savoir si le Congrès pouvait instituer une telle institution. L'amendement fut voté dans les chambres mais George Washington s'y opposa attendant l'arbitrage de Thomas Jefferson. Jefferson se laissa convaincre par les arguments d'Hamilton (parfois contradictoires (ne pas laisser le contrôle au gouvernement tout en critiquant le fonctionnement des banques privées), parfois justifiés par sa seule aura ("la dette nationale est une bénédiction pourvue qu'elle ne soit pas trop importante...")). A cette époque le projet passa, il fut prévu que les dettes de la banque centrale ne pouvait pas excéder les capitaux propres et les dépôts. Hamilton connaissait les risques inhérents à ce système mais il voulait une banque privée qui puisse soutenir les finances du gouvernement. Pour convaincre Jefferson et les états du Sud, il mit dans la balance son soutien à un déplacement de la capitale à Washington.
(The U.S Constitution and Money : Corruption and Decline Michael S.Rozeff p.85 // The Encyclopedia of Money : Larry Allen, p.142.)
 

9°Georges Washington signa l'amendement et la First Bank of the United States fut créée au début de l'année 1791 : une concession de 20 ans lui fut octroyée.

10° Une première bulle ne tarda pas à se former, en effet les banques commerciales alimentées par la Banque Centrale accordèrent de larges prêts qui firent flamber le prix des actifs notamment de l'immobilier. Le système de réserves fractionnaires permettait d'émettre plus de prêts qu'il n'y avait de réserves. Il n'y eu pas de réelles répercutions concernant l'État Fédéral car les répercutions sur les obligations d'État furent faibles. Mais l'abondance de liquidités favorisant la spéculation. Les prix augmentèrent de 72% les 5 premières années. Constatant les effets de cette politique sur le long terme Thomas Jefferson déclara : "J'aimerais qu'il soit possible d'obtenir un seul nouvel amendement à la Constitution, celui de rendre au gouvernement fédéral le pouvoir d'emprunter" (sens battre monnaie, devant la dette insoutenable créée)". La presse qualifiant le système d'arnaque, de vautour, de cobra, d'escroquerie. (The Naked Truth : Emmanuel Adetula p.122 // The U.S Constitution and Money : Corruption and Decline Michael S.Rozeff p.85). (Cf : Opinion contraire dans The Encyclopedia of Money p.144, l'auteur soutient que l'action de la Banque Centrale a permis de contenir les poussées inflationnistes, on peut objecter que si dans la gestion elle a pu le faire, elle a néanmoins fourni les liquidités nécessaires aux banques commerciales pour leurs prêts abusifs...).

11° En 1811, le renouvellement de la Charte échoua d'une voix sous l'action notamment de Jefferson.

12° Quelques mois plus tard, des tensions commerciales dans le contexte des guerres napoléoniennes poussent les USA à déclarer la guerre à l'Angleterre et à envahir le Canada. Si les propos étant attribués à Nathan Rothschild concernant le chantage entre le renouvellement de la Charte ou la guerre semblent exagérées (cités dans trop peu d'ouvrages...). Il semble néanmoins avoir pris des positions assez tranchées concernant le contrôle de la monnaie britannique et a activement financé cette guerre (selon certains pour affaiblir l'économie Américaine de manière à ce qu'elle fasse appel à un secours financier). Que cela soit intentionnel ou pas, la situation financière des USA après celle ci a sans doute contribué à ce que le Congrès accepte en 1816 de réaccorder une charte à une seconde banque centrale. La concommitance entre la fin de la première banque nationale et le début des difficultés avec la guerre fut néanmoins soulevé de manière certaines dans les débats (The U.S Constitution and Money : P.109).

13° Après une politique monétaire clairement expansionniste accompagnée en cela par le développement extraordinaire du secteur bancaire privé américain à cette période et ses caractéristiques (peu de réglementation, les banques émettaient des billets de banque remboursable en or, les mettant à la merci d'une fraude ou d'un capital insuffsant... (Mishkin, Monnaie, Banque et Marchés Financiers)), la banque "centrale" s'est retrouvé avec un taux de réserve d'à peine 11%, elle décida donc d'adopter une politique restricitve aggravée par une situation délicate en Angleterre qui fit rappatrier les capitaux qui conduit à une déflation consécutive au boom économique observé durant la période expansionniste.

14° Lors de la campagne présidentielle de 1828, Andrew Jackson milita pour que le Congrès retrouve le pouvoir de battre monnaie, il était très attaché au respect de la Constitution originelle et il considèrait que le pouvoir de battre monnaie ne pouvait être transféré à des banques commerciales ou à une banque privée affublé du titre de banque centrale. Dans les débats relatifs à la 1ère banque Jackson avait souligné que l'émission de billets ne profitait qu'aux banques, aux banquiers et aux actionnaires. D'autres soulignaient l'incongruité de s'inspirer de la Banque d'Angleterre. Franchement nationaliste et dans une période de crise déflationniste, Jackson n'eut pas de mal à fédérer autour de lui. On lui prête des propos concernant des tentatives de corruption d'élections d'agents publics opérées au moyen de l'argent émis par la banque centrale (néanmoins cela est à mettre au conditionnel, il le pensait sans doute mais ne semble pas l'avoir expressément affirmé ainsi).


15° Le mandat d'Andrew Jackson fut riche en citations assez parlantes, on peut citer à titre certain : "The bank, Mr. Van Buren, is trying to kill me, but I will kill it", cette citation fut faite 1 semaine avant son véto sur le renouvellement de la charte de la Banque Centrale dont la charte expirait en 1836.
"Il est soutenu par certains que la banque est un moyen d'exercer le pouvoir constitutionnel "de battre monnaie et de réguler la valeur de celle-ci. Le Congrès a mis en place une institution destinée à battre monnaie et a adopté des lois visant à réglementer la valeur de celle-ci. Mais si ils ont d'autres pouvoirs que de réglementer la monnaie, il a été conféré pour être exercés par eux-mêmes, et ne doit pas être transféré à une corporation, une société. Si la banque est créée à cet effet, avec une charte inaltérable et sans son consentement, le Congrès s'est séparé de son pouvoir pour des années, au cours desquelles la Constitution est une lettre morte. Il n'est ni nécessaire ni approprié de transférer son pouvoir législatif a une telle banque, elle est donc inconstitutionnelle". (10 juillet 1832)
"
It is to be regretted that the rich and powerful too often bend the acts of government to their selfish purposes. Distinctions in society will always exist under every just government."(10 juillet 1832).
"
Ce n'est pas seulement nos propres citoyens qui doivent recevoir la liberté de leur gouvernement. Plus de huit millions des stocks de cette banque sont tenus par des étrangers... N'y a t-il aucun danger pour notre liberté et notre indépendance dans une banque qui a dans sa nature si peu de liens avec notre pays ? Contrôlant notre monnaie courante, recevant nos monnaies publiques, et tenant des milliers de citoyens dans leur dépendance... Ce serait plus impressionnant et dangereux que le pouvoir militaire d'un ennemi." President Andrew Jackson, 10 juillet 1832.


16° Lors de sa réellection en 1832, un de ses slogans était : "Jackson, No Banks".

17° Le mandat de Jackson fut marqué par, le refus de déposer des fonds dans la banque centrale (1833-1834)  le remboursement de la dette nationale en 1835 et la mise en circulation des pièces de monnaies en or pour soutenir la conquête de l'Ouest en dopant le cours de l'or (Species Act 1836). Néanmoins la combinaison de la rareté de l'or produite (qui encouragea à vendre ses billets contre de l'or) - et le retrait des fonds gouvernementaux de la banque centrale fragilisa le système bancaire.

18° En 1837, une panique bancaire grave eu lieu. Les facteurs en sont multiples, on peut synthétiser en disant que : Les investisseurs britanniques soutenaient au début des années 30 des projets d'infrastructures dans les États Fédérés, mais les transferts de capitaux étaient vus d'un mauvais oeil par la Banque d'Angleterre qui décida d'augmenter ses taux d'intérêts sur les dépots britanniques tarissant le flux de capitaux britanniques. Parallèlement le Species Act imposait de payer en or les achats de terre à l'Ouest. Le tarissement des capitaux liés à la perte de confiance dans le papier monnaie résultant des insuffisantes réserves d'or détenues à logiquement crée une panique. Près de la moitié des banques du pays furent totalement ou partiellement en faillite (Peter L Rousseau, « Jacksonian Monetary Policy, Specie Flows, and the Panic of 1837 » // Edward S Kaplan, The Bank of the United States and the American Economy, Westport, Greenwood, 1999).

19° Après cette grave crise, il y eu des pressions pour que se développe le "free banking" dans divers États : Il permettait de se passer de l'autorisation de l'état fédéré au profit d'un contrat conclu entre particuliers qui apportaient leurs fonds. Cela fut un dramatique échec puisque les fonds propres de ses établissements n'étaient jamais suffisants. Néanmoins, en jouant sur un fort effet de levier et tant que personne ne réclamait ses réserves elles permirent de déverser de nombreuses liquidités dans l'économie américaine qui connu un développement spectaculaire alors que les faillites de banques étaient nombreuses entrainant avec elles l'augmentation (certes mesurée de la dette des états fédérés (auxquels étaient adossés les bons). En résumé : quelques personnes sans fond propres dans les États du Nord achetaient à crédit des obligations échangés contre des billets de banque auprès du trésorier de son état. L'opération se répétait et permettait à des compagnies qui n'avaient pas plus de 10 000 dollars de faire circuler 600 000 dollars. Mais le jeu a nécessairement cessé quand les déposants ont voulu récupérer leurs fonds propres. (Gold Coins of the New Orleans Mint: 1839-1909, Douglas Winter p.27).

20°
Les Etats-Unis sont entrés en guerre avec le Mexique en mai 1846 après l'annexion du Texas et de la Californie. Le coût total de la guerre a été estimée à 64 millions de dollars, et le Congrès a autorisé l'émission de dette supplémentaire pour répondre à ces obligations. C'est ce concept qui deviendra plus tard la base pour le programme des Savings Bonds de Roosevelt. À la fin de l'année 1849, la dette publique s'élève à 63,1 millions de dollars. (http://www.publicdebt.treas.gov/history/)

21° Le Coinage Act de 1857
interdit l'utilisation des pièces de monnaie étrangères en tant que monnaie légale et abrogeait toutes les lois autorisant les devises étrangères en or ou en argent. Des pièces de monnaie spécifiques, espagnoles ou mexicaines, pouvaient être échangées auprès du Département du Trésor des États-Unis puis ensuite refondues.

22° Lors du déclenchement de la guerre civile américaine (motivée par l'esclavagisme mais aussi par des questions de barrière douanière permettant au Nord de sortir de sa concurrence économique avec l'Angleterre). De grandes bouleversements s'en sont suivis.
Les frais de la guerre estimé à près de 5 milliards de dollard forcèrent l'administration Lincoln a totalement bouleversé les méthodes traditionnelles de financement.
- Après une tentative échouée de se financer auprès de banquiers centraux européens (qui réclamaient de forts taux d'intérêts), Lincoln décida de faire passer le Legal Tender Act (1862)qui autorise le Trésor à émettre 150 millions de dollars en billets,  et a autorisé la vente de 500 millions de dollars en obligations pour financer l'effort de guerre. Cette monnaie était libre d'intérêts et elle servi de valeur légale pour financer l'effort de guerre.
Quelques citations permettent d'éclaircir le contexte :
"Le gouvernement devrait créer, contrôler et faire circuler toute la monnaie courante et le crédit demandé pour satisfaire pouvoir dépensier du gouvernement et le pouvoir d'achat du consommateur... Le privilège de créer et contrôler la monnaie n'est pas seulement la prérogative suprême du gouvernement, mais c'est la meilleure opportunité de création du gouvernement. Par l'adoption de ces principes, la volonté longuement sentie d'avoir un moyen constant sera satisfaite. Les payeurs de taxe seront sauvés des immenses sommes d'intérêts..." Abraham Lincoln

Un éditorial du London Times révèle le sentiment des banquiers européens: "Si cette malicieuse police financière, qui tire ses origines de l'Amérique du Nord, doit devenir une installation endurée, alors le gouvernement fournira sa propre monnaie sans coût. Il paiera toute dettes et sera sans dettes. Il aura toute la monnaie nécessaire pour prendre soin de son commerce. Il deviendra d'une prospérité sans précédent dans l'histoire du monde. Les savants et les biens de tous les pays iront en Amérique du Nord. Ce pays doit être détruit ou il détruira toute monarchie sur la planète." London Times, 1865
- En 1863, le Congrès adopte le Currency Act puis le National Bank Act en 1864 crée une vraie monnaie nationale en substitution des billets de banques privées. Salmon P. Chase en tant que secrétaire au Trésor, Chase a supervisé la mise en place d'un système bancaire national, qui assurait un marché pour les obligations d'État et a fourni une monnaie nationale uniforme. Ces banques nationales sont supervisées par Office of the Comptroller of the Currency qui accorde les chartes. Il est soutenu que cette loi bien que fournissant un marché pour les obligations permet aux banques ayant obtenu l'agrément de créer de la monnaie avec intérêts puisqu'elles souscrivent à des obligations d'État à des bons du Trésor en échange de billet de banque. Ces banques nationales concentraient la grande majorité des capitaux dès 1865 et se trouvaient à la base de la création monétaire. On se retrouvait ainsi dans une relation ou les banques souscrivaient à des obligations du Trésors contre intérêts, déclenchant l'impression des billets par l'U.S Mint. Mishkin soutient que les banques à charte d'État (fédéral qui n'ont pas eu l'agrément) qui auraient du voir leurs fonds diminuer par la taxation de leurs propres émissions de billets ont contourné cela en collectant des dépôts leur permettant d'émettre de la monnaie. Le système bancaire américain est donc dual, les banques d'État et les banques à charte fédérale opérant en parallèle)   (Monnaie, banque et marchés financiers. Frederic S. Mishkin // La guerre oubliée de l'Amérique contre les banques centrales, Mike Hewitt).

23° Durant les 2 décennies suivantes il y eu plusieurs tendances et fait marquants.
- Le Contraction Act (1866) vise à réduire la masse des GreenBacks en circulation.
- Cette contraction monétaire a eu des conséquences profondéments dépressives si bien que ponctuellement il y a pu avoir des accroissements temporaires de leur masse en circulation. (La tendance est néanmoins nette (division par 5 de la quantité en circulation jusqu'en 1886).
- Face à cela certaines réactions sont remarquables : «Notre Constitution donne au Congrès le pouvoir exclusif de battre monnaie et de réguler la valeur de celle-ci ... Ce sont des attributs de la souveraineté qui appartiennent exclusivement aux représentants du peuple tout entier ... La valeur de la monnaie n'a aucune relation ou dépendance de la matière dont elle est faite... Le Greenback, tel qu'ila été libellé était un expédient précieux dans la sauvegarde de nos soldats. Il était parfait pour nous et ainsi nous servira encore si cela est permis. Il nous a aidés à travers les danger et nous portera encore triomphalement à travers d'autres à moins que la cupidité des banquiers, des entrepreneurs et des porteurs d'obligations de pacotille doive triompher des classes industrielles et des contribuables de notre peuple ... La première étape dans la bonne direction sera de passer une loi pour appeler et annuler la totalité de la monnaie émise par les banques et simultanément émettre une quantité égale de certificats du Trésor ou moyens de paiement légaux » Samuel Fenton (représentant de l'Ohio 1868).
- En 1870, David Rockfeller fonde la Standard Oil Company de l'Ohio.
-  Le Coinage Act de 1873 fut votée par le Congrès le 12 février 1873 , souhaitant faire passer le pays du bimétallisme à un système plus proche de l'étalon-or. Il a été appelé aussi "crime de 1873", en raison de ses effets déflationnistes, qui ont fortement contribué au krach de 1873. Motivé par la chute du cours de l'argent (que le gouvernement devait échanger contre des pièces de monnaie), elle vise à encadrer l'activité des hôtels de monnaie et à interdire plusieurs pièces d'argent. La situation bancaire et une bulle ferroviaire en Europe participèrent en parallèle de ce mouvement au grave krach de 1873 qui provoque la Grande Dépression. Sous la pression de petits lobbys de producteurs et face aux effets déflannionnistes cette législation sera compensée par diverses mesure à la fin du XIXème siècle pour obliger l'État fédéral à racheter un certain volument d'argent (notons aussi le Greenback Party en 1874 qui se battait contre un système monétaire assis sur un métal précieux pour et pour que le Trésor assure une quantité suffisante d'argent en circulation). Les tensions étaient vraiment vives comme en témoigne cette brochure de presse d'une revue industrielle : "La presse religieuse a été presque sans exception, les alliés des obligataires et des banquiers dans leurs magouilles infinies pour tondre le grand public, et la figure de proue des monopolistes et le défenseur des corporations sans âme qui se remplissent les poches en privant le peuple travailleur".
(http://monetaryhistorycalendar.blogspot.fr // Encyclopedy of Money // http://www.mindcontagion.org/banking/hb1866.html // A History of Money from Ancient Times to the Present Day by Glyn Davies)

24° Attardons nous sur la Grande Dépression : Les problèmes économiques en Europe combiné à la déflation aux USA ont provoqué la chute de la plus grande banque des USA à l'époque (Jay Cooke & Company) faisant exploser la bulle spéculative post-guerre civile. L'absence de prêteur en dernier ressort ne permet pas de juguler les effets de ces bulles. Soulignons que c'est une libéralisation anarchique du secteur en Europe qui a provoqué majoritairement cette crise en Europe (soulignons que c'est une bulle spéculative immobilière en Autriche, Allemagne et France qui n'est pas sans rappeler certains liens avec la crise des subprimes qui est en cause, toutes proportions gardées).  Aux USA, le catalyseur fut une émission obligataire manquée d'une des plus importantes compagnies de chemin de fer.

- En 1875 fut pris le Resumption Act qui consacre la victoire des promotteurs d'une monnaie assise sur un métal précieux. Le gouvernement s'engage à diminuer progressivement le nombre de GreenBack en circulation et à reprendre l'échange de billet contre de l'Or. La manoeuvre ayant été bien géré et en l'absence de rush pour se faire rembourser en or, le public eut l'impression que les billets de banque nouveaux étaient "good as gold". Dans les années suivantes les pressions furent fortes pour appuyer ce modèle monétaire fondé sur l'or et l'émission monétaire par les banques privés. En témoigne la circulaire de James Buel de l'American Bankers Association (fondée en 1875 justement) adressée aux banquiers de l'association : "Il est conseillé de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour soutenir ces grands journaux quotidiens et hebdomadaires, en particulier l'Agricultur Press et la Réligious Press, qui s'oppose à la question de l'émission du papier-monnaie Greenback et   que vous pourrez également suspendre le mécénat de tous les candidats qui ne sont pas prêts à s'opposer sur ces questions de monnaie. Abroger la loi portant émission de billets de banque, ou le rétablissement de la circulation de la monnaie émise par le gouvernement   [...] pourra gravement affecter nos bénéfices individuels en tant que banquiers et prêteurs. Consultez votre député  et engagez le à soutenir notre intérêt à ce que l'on puisse contrôler la législation"
(Lincoln money martyred // The US Constitution and Money ...)


25° En 1881, le président Garfield est assassiné quelques jours après avoir proclamé que "Qui contrôle le volume monétaire de notre pays est le maître absolu de toute l'industrie et du commerce... Et lorsque vous réalisez que le système entier est très facilement contrôlé, par un moyen ou un autre, par une poignée d'hommes puissants au sommet, vous n'avez pas besoin que l'on vous dise comment les périodes d'inflation et de déflation surviennent".

26° C'est durant cette période de troubles que les premiers trusts se forment aux USA : Un trust est une grande entreprise qui a acquis (par concentration horizontale ou verticale) une place dominante sur un marché. On peut rappeler Rockfeller en 1870, Carnegie en 1873 ("We accept and welcome... great inequality of environment; the concentration of business, industrial and commercial, in the hands of a few; and the law of competition between these as being not only beneficial, but essential to the future of the race" Carnegie (The Gospel of Whealth pas besoin de traduction) avec l'acier avant que John Pierpont Morgan prenne ensuite le relais dans les années 90. Sans même parler des Rothschild.

27° 1886 : Dans l'affaire Wabash, St. Louis & Pacific Railroad v. Illinois, la Cour décide que le Congrès a un droit exclusif pour réguler le commerce "inter-fédéral".

 

27° Le Sherman Anti-Trust Act du 2 juillet 1890 est la première tentative du gouvernement américain de limiter les comportements anticoncurrentiels des entreprises. Il fut adopté sous la houlette du sénateur Sherman "Si nous refusons qu'un roi gouverne notre pays, nous ne pouvons accepter qu'un roi gouverne notre production, nos transports ou la vente de nos produits". S'élevant contre la montée en puissance de très grandes entreprises face au "désordre" de la concurrence naturelle (J.P Morgan) cette loi pose les jalons de la lutte contre les ententes, les abus de position dominante et les monopoles. Pour illustration de l'application de cette loi on peut citer le démantèlement d'American Tobacco et de la Standard Oil (en 1911). Néanmoins elle a été critiquée comme ne s'attaquant pas frontalement aux milieux d'affaires et comme n'étant pas assez souple pour réguler la nouvelle structure qu'est la holding : C'est une société ayant pour vocation de regrouper des participations dans diverses sociétés et d'en assurer l'unité de direction.

28° Le chèque représente près de 90% de la valeur des transactions aux USA en 1890, la réglementation en est laissé aux états fédérés et aux autorités responsables des banques. La législation n'est pas uniforme. (A History of Money from Ancient Times to the Present Day by Glyn Davies)

29° La panique de 1893 : Suite à des investissements manqués en Argentine résultant d'une mauvaise récolte du blé les investisseurs ont voulu garantir leurs investissements en échangeant leurs billets de banque contre de l'or. Cette ruée a fait s'effondrer la bulle du chemin de fer avec notamment la mise en redressement de la Reading Company. Cette faillite financière s'est propagée en Europe conduisant à un resserrement du crédit et à une vente des actions américaines détenues en Europe faisant plonger encore plus l'économie. Notons que l'American Bankers Association se trouve officieusement aux sources de cette panique en ayant menacé d'une future restriction de crédit en 1891 pour l'année 1894.
Les enjeux de cette panique sont multiples. Les financiers craignent qu'une panique fassent abandonner l'étalon-or aux USA et ils mettent la pression pour que le Sherman Act (celui qui imposait l'achat d'argent par le Trésor) soit abrogé. Une session extraordinaire du Congrès est convoqué ou Cleveland fait part de ses inquiétudes concernant les l'instabilité monétaire et l'ambiguité à rester dans un système ou la loi Sherman fait peser une ambivalence sur l'étalon-or en ramenant les problèmes de l'argent au premier rang. Cette loi est donc abrogée.
(http://thehistorybox.com/ny_city/panics/panics_article11b.htm)
La situation des stocks d'or américains devenant préoccupante pour le gouvernement (qui devient très impopulaire) oblige celui ci à recourir à J.P Morgan pour renflouer les caisses à hauteur de 65 millions en Or-Physique. Certains soutiennent que c'est une preuve de la faillite du système de papier-monnaie gouvernemental non adossé sur l'or, la situation est beaucoup plus nuancée en ce sens que c'est une législation très particulière qui a aggravé la crise et qu'on a pu observer que le gouvernement n'a plus vraiment la maîtrise totale du système.
Ce "deal" pour sauver l'étalon-or a provoqué des réactions antisémites très virulentes. Cleveland était néanmoins convaincu d'avoir bien fait.

30° Le parti démocrate impopulaire perd les élections face à Mc Kinley qui milite pour le régime de l'étalon-or (Dans ce système, toute émission de monnaie se fait avec une contrepartie et une garantie d'échange en or). Son candidat William Jennings Bryan : "Nous disons dans notre programme que nous croyons que le droit de frapper et d'émettre la monnaie est une fonction du gouvernement. Ceux qui y sont opposés nous disent que c'est une fonction de la banque, et que le gouvernement doit se retirer des affaires de la banque. Et bien moi je leur dis que les banques doivent se retirer des affaires du gouvernement. Lorsque nous aurons rétabli la monnaie de la Constituion, toutes les autres réformes nécessaires seront possibles, mais avant que cela ne soit fait, aucune autre réforme ne peut être accomplie" "Vous ne pouvez pas presser sur le front des travailleurs une couronne d'épine et crucifier l'humanité sur une croix en or".


31° En 1898, la 2ème convention monétaire d'Indianapolis s'ouvre en présence de nombreux représentants du milieu des affaires. Bien que n'ayant pas d'assise populaire ils font pression sur le Congrès pour le maintien de l'étalon-or et pour la mise en place d'une commission de réforme du système monétaire qui créerait un système plus élastique de banque de crédit alimenté par une banque de gestion privée centrale nationale. La loi destinée à mettre en place cette Commission, appuyée par cette Commission et Rockfeller notamment échoua au Sénat. Le côté privé de la banque centrale était encore trop appuyé mais ces conventions permirent au débat de germer. Ils ont agi habilement sans éveiller la suspicion des régulateurs, en agissant à l'intérieur d'instances disposant d'une certaine respectabilité et d'une certaine diversité. Leur but était d'obtenir un assouplissement de la masse monétaire.
Il ne faut pas sous estimer la puissance des lobbies financiers qui étaient à l'oeuvre, divers relais au Congrès permettait de demander des commissions. Prenons l'exemple de Lyman Gage président de la First National Bank ok Chicago, il appelait à la constitution de banque centrales régionales puis au terme de son "mandat" il ne se cachait plus et appelait clairement à une banque gouvernementale centrale (fonctionnant comme une banque privée).


 

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