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Analyser correctement les prévisions économiques de la Commission Européenne (Traduction et Analyse)

Publié par Kiergaard sur 3 Mai 2013, 14:16pm

Catégories : #Actualité économique et financière

Aujourd'hui sont parues les prévisions économiques de la Commission Européenne pour la zone euro et on voit déjà fleurir le bouquet habituel de commentaires partiels et inexacts connotés parfois politiquement.

Le rapport

Ce rapport d'estimations vaut ce qu'il vaut mais il est truffé de non-dits et de développements qui ne tirent pas leurs propres conséquences. Évidemment on nous en fera retenir ce que l'on veut ( à savoir, trajectoire pas respectée, parole du gouvernement, crise, politiques nuls (ils le sont peut être mais l'argumentation sera mauvaise), 3 chiffres et voilà)
Je fais une traduction rapide de la partie concernant la France :

" La stagnation va se poursuivre cette année.
Après une croissance nulle en 2012, le PIB devrait diminuer légèrement de 0,1% en 2013. La faiblesse du revenu réel disponible des ménages liée notamment à la hausse du chômage et des augmentations d'impôts ne serait que partiellement compensée par la décélération des prix, tandis que la persistance d'une confiance défavorable des entrepreneurs va mener à une baisse de l'investissement. L'activité économique devrait reprendre modestement partir du second semestre de l'année grâce à un rebond marginal du commerce extérieur. Cela déclencherait un certain rebond de la confiance des agents économiques, ce qui permet d'espérer une croissance positive en 2014, qui atteindrait 1,1%. Ce développement positif l'année suivante est basée sur le l'hypothèse de politiques inchangées, c'est à dire hors effet des mesures d'assainissement budgétaire reste nécessaires pour atteindre les objectifs budgétaires.

Consommation privée stable

En 2013, la consommation privée devrait rester stable et stagner, comme en 2012, en raison d'une légère baisse du revenu disponible qui est susceptible d'être partiellement amortie par l'inflation. En outre, les nouvelles taxes introduites par le gouvernement dans son budget 2013 ont été ciblés vers les hauts revenus qui ont une plus faible propension à consommer, afin de limiter leur impact sur la demande intérieure. En 2014, la reprise du revenu réel disponible devraient permettre à la consommation privée passer de croître modestement.

Nouvelle baisse de l'investissement

La stagnation de la croissance économique en 2012, et celle projetée de la faiblesse de la demande et de la détérioration durable des marges bénéficiaires des sociétés non-financières vont probablement miner les espoirs des entrepreneurs. Par conséquent, l'investissement des entreprises devrait diminuer encore en 2013. C'est seulement en
2014 que la hausse progressive de la demande globale et l'amélioration de la confiance devraient se traduire par un redressement de l'investissement.

Les faibles importations vont aider temporairement le solde extérieur

Bien que les exportations ont été relativement dynamiques 2012, grâce en particulier à l'aéronautique, les développements sur l'horizon de prévision devraient rester un peu plus faible que la demande mondiale. En effet, la détérioration persistante de la compétitivité externe est susceptible de se poursuivre à court terme. Pourtant, l'atonie des importations en 2013 devrait aboutir à une contribution positive des exportations nettes pour le PIB. En 2014, l'accélération de la demande mondiale serait plus que compensé par la reprise intérieure progressive et la hausse connexe des importations. En conséquence, les exportations nettes contribueraient alors négativement à la croissance.

La hausse du chômage, la baisse de l'inflation

L'emploi a commencé à diminuer en 2012, tandis que le taux de chômage a rapidement augmenté à 10,5% au quatrième trimestre, contre 9,8% un an avant. Dans le contexte actuel de stagnation des activités économiques et de salaires nominaux rigides, les employeurs sont susceptibles de se concentrer plus sur la restauration de la productivité, au détriment de la création d'emplois. Malgré les efforts déployés pour réformer le marché du travail, le taux de chômage devrait continuer à augmenter à 10,6% et à 10,9% en 2013 et 2014.
Après un taux d'inflation relativement haut niveau en 2012, l'indice IPCH (Indice des prix à la consommation harmonisé) ralentira à 1,2% en 2013 en raison de la baisse du prix de l'énergie avant d'accélérer à nouveau à 1,7% en 2014, dans le contexte d'une augmentation de la TVA.

Des incertitudes subsistent.

Mais les risques entourant les prévisions sont globalement équilibrés. D'une part, une plus forte reprise attendue pourrait résulter d'un effet rapide des réformes structurelles sur l'investissement. D'autre part, une autre détérioration de la compétitivité des entreprises et une possible perte de confiance résultant du dérapage des objectifs de déficit pourrait menacer une reprise fragile.

L'ajustement structurel ne reflète que partiellement les déficits nominaux

Le déficit des administrations publiques a atteint 4,8% du PIB l'an dernier contre 5,3% en 2011, en deçà de l'objectif de 4,5% ciblé. Il avait été prévu 4.6% par la Commission La différence principalement découle du coût du sauvetage de Dexia et de la hausse révision du déficit pour 2011.
Le déficit global devrait diminuer encore cette année grâce aux mesures prises notamment dans le cadre du budget. Le montant global des mesures de recettes est estimé à 1,4% du PIB.
Le renouvellement des règles concernant les dépenses (gouvernement central et santé) contribuera au maintien de la restriction des dépenses. Une plus faible inflation est projetée et une suspension partielle de l'indexation sur l'inflation de certaines pensions pourraient aider à contenir les dépenses en accord avec les partenaires sociaux. Toutefois, le potentiel de croissance du PIB plus faible qui en résulterait aurait une incidence négative sur le déficit global. Globalement, il devrait atteindre 3,9% du PIB, 0,2 plus élevé que prévu dans la précédente prévision, reflétant le résultat final de l'année dernière et la révision à la baisse des perspectives de croissance.

Sous les hypothèses habituelles de politiques inchangées, le déficit budgétaire devrait légèrement se détériorer en 2014. En effet, une partie des mesures destiné à financer la récente mesure du crédit d'impôt compétitivité-emploi sont encore à préciser dans le détail et un certain nombre de taxes expireront à la fin 2013.

Dans l'ensemble cela implique une amélioration cumulée du solde structurel d'environ 2 points et demi de PIB sur la période 2012-2013. À politiques inchangées on s'attend à ce ce dernier reste globalement stable en 2014. Le ratio d'endettement, qui a légèrement dépassé 90% des PIB l'an dernier, devrait continuer à augmenter au cours l'horizon de prévision en raison de déficits publics relativement hauts et d'une croissance tamisée."

Analyse :

"La faiblesse du revenu réel disponible des ménages liée notamment à la hausse du chômage et des augmentations d'impôts ne serait que partiellement compensée par la décélération des prix, tandis que la persistance d'une confiance défavorable des entrepreneurs va mener à une baisse de l'investissement".

Normalement il faudrait associer la hausse d'impôt à la volonté de respecter les objectifs de déficit et donc de respecter les engagements précédents (pris sur la base de rapports similaires).
Il y aurait également des nuances à faire sur le calcul de l'inflation. La faiblesse du revenu disponible est en grande partie liée aux hausses d'impôts certes, mais dans le même temps ce sont ces hausses d'impôts qui minent la demande globale... Il ne faut donc pas augmenter les impôts ? Juste réduire les dépenses ? Le souci c'est que ces dépenses publiques pour la plupart ne sont la que pour compenser la perte d'activité et jouent le rôle de stabilisateurs automatiques. Il y a surement tout un tas de dépenses inutiles à traquer mais la majorité ne sont que des palliatifs à la baisse d'activité générale générée par la poursuite des objectifs de déficit identifiés à tort comme point de départ de la crise de la zone euro.

L'activité économique devrait reprendre modestement partir du second semestre de l'année grâce à un rebond marginal du commerce extérieur.
On notera le conditionnel. Commerce extérieur qui reprend en raison de la faiblesse des importations et qui révèlent donc des failles et non un espoir. Aucune raison donc que cela génère la "confiance" en 2014 qui permettrait d'espérer une croissance de "1.1% à politiques inchangées, hors effets des mesures d'assainissement budgétaire qui restent nécessaires".
En clair les prévisions de croissance sont nettes de tous les efforts demandés qui ont fait plonger la croissance depuis 3ans (qui n'avait pas besoin de cela pour plonger d'ailleurs).
Si on ne change pas, on aura plus de déficit mais aussi plus de croissance... alors que si on agit sur les déficits on a légèrement moins de déficit mais un peu plus de croissance... Cette équation insoluble.

"En 2014, la reprise du revenu réel disponible devraient permettre à la consommation privée passer de croître modestement". Oui la reprise du revenu réel disponible nette de toutes les mesures de rigueur ...

L'investissement va baisser parce que la demande anticipée sera faible car il y a eu incorporation de l'idée que les objectifs de poursuite des déficits sont les seuls visés par les gouvernants et donc qu'il n'y a rien à espérer sur la demande en France ou en Europe.

" Dans le contexte actuel de stagnation des activités économiques et de salaires nominaux rigides, les employeurs sont susceptibles de se concentrer plus sur la restauration de la productivité, au détriment de la création d'emplois."
Tiens une analyse correcte mais donc la conclusion est incorrecte, adapter les salaires à l'activité peut favoriser le maintien dans l'emploi mais absolument pas favoriser la reprise de la demande puisque les salaires suivent la baisse d'activité dans un cercle vicieux. Par contre pour créer des salariés pauvres et fausser les statistiques du chômage c'est parfait.
"une autre détérioration de la compétitivité des entreprises et une possible perte de confiance résultant du dérapage des objectifs de déficit pourrait menacer une reprise fragile"
Il faut absolument qu'on m'explique ce qu'ils entendent par reprise (peut être la reprise de la tendance à la baisse des déficits, surement pas la reprise de l'activité). La perte de confiance des entreprises est identifiée comme le fruit du dérapage des objectifs de déficit... Je ne pense pas que beaucoup d'entrepreneurs soient réellement plus concerné par les objectifs de déficit public que par leur carnet de commande... mais bon si on peut lier les 2 à long terme c'est une grossière approximation dans la mesure ou vouloir respecter les objectifs implique d'une manière ou d'une autre de restreindre la demande (baisse de la demande publique ou de la demande privée soutenue ou non par des dépenses publiques).

"Toutefois, le potentiel de croissance du PIB plus faible qui en résulterait (d'une désindexation de certaines pensions) aurait une incidence négative sur le déficit global."
En clair, pour respecter les objectifs de déficit il faudrait prendre telle mesure, dont l'impact sur la croissance aurait un impact négatif sur les objectifs de déficit.

Le serpent se mord la queue à force de tenir mordicus à ses objectifs de déficit qui ne sont la que pour créer une harmonisation forcée de toutes les politiques européennes.

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