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Ukraine : Les contours de l'accord entre Poutine et Porochenko se précisent

Publié par Kiergaard sur 3 Septembre 2014, 14:43pm

Catégories : #Géopolitique-International

Après quelques heures confuses sur la formulation à donner à "l'accord" ou à "la convergence de vue" entre Vladimir Poutine et Petro Porochenko, les détails des étapes qui doivent conduire à un cessez-le-feu et aux prémisses d'une normalisation dans le sud-est du pays se dessinent. Le président Poutine, après avoir affirmé que ses positions étaient très proches de celles de son homologues ukrainien vient juste d'en détailler la substance. Il souhaite qu'elles soient concrétisées lors de négociations directes entre les représentants du gouvernement ukrainien et les milices du sud-est du pays qui doivent se tenir à Minsk, vendredi.

AFP

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  • Source 

En milieu de matinée, deux communiqués furent publiés sur les sites des présidences russe et ukrainienne. Un communiqué du Kremlin a fait état de l'expression, dans une "large mesure" de "vues similaires sur les moyens possible de sortie de crise". Un communiqué de la présidence ukrainienne, ainsi qu'un tweet sur le compte de Petro Porochenko, évoquait quant à lui "un accord sur un cessez-le-feu permanent". 

  • Plusieurs corrections étaient ensuite intervenues

- Le porte-parole du Kremlin avait précisé qu'il y avait un accord sur les étapes pour parvenir à une sortie de crise. Il a également corrigé la formulation "cessez-le-feu entre Moscou et Kiev" estimant que la Russie n'étant pas partie au conflit, cette formulation était incorrecte. 

- De son côté, et bien que le tweet de Petro Porochenko n'ait pas été supprimé, le site de la présidence ukrainienne a modifié son communiqué en retirant le terme "permanent". 

  • Réactions

Les médias occidentaux ont fait état d'un "démenti" de Moscou concernant un cessez-le-feu ce qui, au vu des éléments précités est légèrement exagéré.

Les analystes militaires ukrainiens comme Dmitry Tymchuk ont déclaré qu'un cessez-le-feu ne pourrait être que temporaire et qu'il ne fallait pas faire confiance à Poutine. Les dirigeants du CNDS ont ensuite déclaré que les hostilités se poursuivaient sur le terrain. 

Les rebelles pro-russes ont fait état d'une cessation des hostilités à Donetsk (ce qui a été démenti par le CNDS). Des insurgés cités par l'agence RIA ont ensuite déclaré qu'ils n'estimaient pas que le président Porochenko pouvait imposer un cessez-le-feu aux bataillons sur le terrain et qu'ils continueraient à combattre. La République Populaire de Donetsk s'est dite prête à stopper son offensive si les autorités ukrainiennes retiraient leurs troupes. 

Le Premier ministre, Iatseniouk, est partisan d'une ligne dure depuis le départ avec Moscou a déclaré qu'il n'avait aucune confiance en Poutine, que celui-ci avait ignoré tous les autres plans et que son seul but était de restaurer l'Union Soviétique et qu'il valait mieux se battre.

Le président Porochenko vient de réagir par le biais d'un communiqué paru sur le site de la présidence : il espère que le processus de paix va enfin commencer à Minsk, affirme que sa "première tâche : c'est la paix" et qu'il faut que les gens "cessent de mourir". Affirmant que les ukrainiens veulent la paix, il souligne que des politiciens veulent jouer à la guerre mais qu'il se battra pour la paix. 

  • Annonce d'un plan en 7 points par Vladimir Poutine

​Au cours d'une visite en Mongolie, Vladimir Poutine a décliné 7 points qui forment la base d'une proposition de plan de paix : 

1° La cessation des actions offensives des rebelles et des forces pro-gouvernementales.

2° Les forces pro-gouvernementales doivent retirer leurs forces à une certaine distance pour éviter les échanges d'artillerie et de roquettes.

3° Une surveillance internationale à part entière et objective dans le sud-est de l'Ukraine pour veiller au respect du cessez-le-feu.

4° Des couloirs humanitaires et l'accès d'aide humanitaire aux populations civiles.

5° Des "brigades de reconstruction" doivent être envoyées dans le sud-est pour reconstruire les infrastructures.

6° Un échange de prisonniers intégral et sans conditions. 

7° La fin de l'utilisation de l'aviation dans les zones civiles.

  • Suites

Vladimir Poutine a ensuite souhaité que ces principes soient discutés lors de la seconde rencontre entre les autorités ukrainiennes et les représentants des insurgés à Minsk, ce vendredi. Lors de la précédente réunion, des documents avaient été échangés constituant des propositions de sortie de crise. Tout porte à croire que le récent accord entre Poutine et Porochenko va lisser les divergences qui étaient apparues à Minsk au sein du groupe de contact.

Avec cette manoeuvre, Vladimir Poutine espère sans doute offrir un échappatoire à l'escalade des sanctions avec l'UE et potentiellement arrondir les angles avant le sommet de l'OTAN au Pays de Galles qui commence demain. Sur le premier plan, Vladimir Poutine pourrait couper l'herbe sous le pied des membres de l'UE qui souhaitaient alourdir les sanctions. L'Allemagne semble en effet s'être engouffrée dans la brèche en affirmant par la voix d'un responsable au sein de l'UE que la Russie éviterait les sanctions si une trève était effectivement mise en place. Reste qu'il semble y avoir un malentendu à l'heure actuelle sur le contenu et la portée de l'accord trouvé entre Poutine et Porochenko, certains observateurs semblant y voir un appel à un cessez-le-feu immédiat tandis que d'autres le voit comme une première étape générale qui doit être confirmée à Minsk entre les insurgés et les autorités ukrainiennes.

Un cessez-le-feu est cependant soumis à plusieurs alés, au premier rang desquels l'extrême hétérogénéité des combattants sur le terrain. Difficile de penser que les bataillons composés exclusivement de membres de Svoboda ou du Secteur Droit, ainsi que des groupuscules de mercenaires pro-russes vont cesser le combat après le déferlement de haine et de violence qui a agité la région ces derniers mois. L'extrême dispersion des armements chez ces divers groupes risque de poser des problèmes localement. Si un cessez-le-feu devait se concrétiser, il est à espérer qu'il ne déraillera pas à la première incartade.

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