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L'état de l'opinion palestinienne après la guerre de Gaza (sondage PCPSR)

Publié par Kiergaard sur 2 Septembre 2014, 13:58pm

Dans une étude spéciale sur la guerre de Gaza menée avec le support de la Fondation Konrad Adenauer à Ramallah, le Palestinian Center for Policy and Survey Research s'intéresse à l'état de l'opinion palestinienne après le récent conflit à Gaza qui a fait plus de 2 200 victimes. Le sondage a été mené du 26 au 30 août 2014 auprès d'un échantillon de 1 270 adultes de Cisjordanie et de Gaza, la marge d'erreur est de 3%. 

Source: Palestinian Center for Policy and Survey Research

Source: Palestinian Center for Policy and Survey Research

  • Communiqué de presse :

Les résultats de ce sondage spécial sur la guerre de Gaza mettent en évidence des changements importants dans les attitudes du public concernant les questions majeures. Il va sans dire que la guerre a été le principal facteur à l'origine de ces changements. Comme prévu, et comme nous l'avons vu dans des cas précédents, durant et immédiatement après les guerres israéliennes avec le Hamas, les résultats montrent un pic dans la popularité du Hamas et de ses dirigeants ainsi qu'une baisse importante de la popularité du Fatah et du président Abbas. Cependant, comme dans les cas précédents, ces changements pourraient n'être que temporaires et les choses pourraient revenir dans les prochains mois au niveau où elles étaient avant la guerre.

Il est à noter que l'ampleur du changement en faveur du Hamas est sans précédent depuis 2006, en effet, si les élections présidentielles avaient lieu aujourd'hui, Ismail Haniyeh pourrait facilement gagner face à Abbas et le Hamas remporterait une large part du vote populaire dans des élections législatives. L'écrasante majorité de l'opinion publique estime que le vainqueur de cette guerre est le Hamas et qu'Israël en est le perdant. En outre, une majorité similaire considère que l'approche du Hamas, une confrontation armée avec Israël, est un des moyens les plus efficaces de mettre fin à l'occupation israélienne. En effet, une écrasante majorité des cisjordaniens veut transférer la "méthode Hamas" en Cisjordanie et rejettent les demandes pour désarmer le groupe islamiste ou dissoudre les autres groupes armés de Gaza. Les résultats indiquent également que le public voit l'Iran, la Turquie et le Qatar comme ayant le plus contribué à soutenir le Hamas et à aider les habitants de Gaza en restant fermes contre les attaques israéliennes. En revanche, le rôle de l'Egypte est considérée comme faible et inutile. En effet, une majorité des sondés estime que l'Egypte a joué un rôle négatif dans les négociations de cessez-le-feu.

Enfin, malgré le fait que l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le Premier ministre Rami al Hamdallah ait reçu une évaluation peu positive pour leur rôle pendant la guerre, la majorité des sondés tend à donner au gouvernement de réconciliation un grand rôle dans les affaires de la bande de Gaza dans la période post-guerre. Par exemple, la majorité souhaite une surveillance des frontières etune supervision de la police et des employés du secteur de la sécurité; un plus grand pourcentage des sondés veut qu'il contrôle les frontières avec Israël et l'Egypte et qu'il dirige le processus de reconstruction dans la bande de Gaza.

 

  • Quelques éléments du sondage

- ​79% des sondés pensent que le Hamas a gagné la guerre, la même proportion estime que la responsabilité du conflit est imputable à Israël.

- 86% soutiennent la reprise des tirs de roquettes si le siège de Gaza n'est pas levé.

- Les sondés sont divisés (49-46) sur le fait qu'il soit légitime que le Hamas lance ses roquettes depuis des zones peuplées, mais une majorité (60%) pensent que le Hamas ne fait pas cela.

- Les palestiniens sont optimistes (69%) quant au succès de la réconciliation.

- Si les élections présidentielles avaient lieu aujourd'hui, 61% des palestiniens voteraient pour le leader du Hamas, Ismaël Haniyeh. C'est la première fois que le leader du Hamas arrive en tête, Mahmoud Abbas n'obtiendrait que 32% des voix. Si l'élection opposait le leader du Hamas à Marouane Barghouti (Fatah), ce dernier serait légèrement devancé par le leader du Hamas (49-45). Si les 3 hommes politiques se présentaient, Haniyeh obtiendrait 48% des voix, devant Barghouti (29%) et Abbas (19%).

- Le Hamas obtiendrait également la majorité aux élections (46% contre 31% pour le Fatah et 7% pour les autres forces politiques).

- 69% des palestiniens veulent des élections dans une échéance de 6 mois. 

- 51% des palestiniens pensent que la reprise des négociations de paix entre israéliens et palestiniens a des chances faibles ou nulles de survenir, contre 47% qui estiment qu'elles sont moyennes ou fortes.

- Il y a toujours une division tranchée sur la question de la solution à deux états.

- La confrontation armée est la solution privilégiée par 53% des sondés pour établir un état palestinien à côté d'Israël, 22% désignent la négociation et 20% la protestation non violente.

- 81% des sondés se déclarent inquiets d'être blessés par des israéliens, que leurs maisons soient détruites ou leurs terres confisquées.

- 52% des sondés (majorité dans la bande de Gaza, pas en Cisjordanie) ont supporté l'enlèvement et le meurtre des trois israéliens qui a précipité le conflit. Cependant les sondés sont divisés sur les responsables de cet enlèvement, 32% accusent Israël, 30% accusent le Hamas, 21% estiment qu'un palestinien a pu agir de son propre chef. 

  • Commentaire

Cette vaste étude permet de mesurer avec plus de précision les implications de la confrontation armée entre Israël et les palestiniens sur l'opinion palestinienne. Les responsables palestiniens et israéliens le savent. Si le but affiché, et globalement réussi, d'Israël fut de diminuer la puissance militaire du Hamas, il convient de s'interroger sur les conséquences politiques d'une telle stratégie qui semblent s'opposer aux objectifs militaires. On ne peut pas exclure que l'arrivée au pouvoir du Hamas pourrait fournir un prétexte supplémentaire à Israël pour mener une politique plus "interventionniste" dans les territoires palestiniens. On ne peut pas non plus exclure que les responsables israéliens soient pris de court si les résultats du sondage se concrétisaient politiquement. 

L'impact des récentes "révélations" de Mahmoud Abbas sur un potentiel coup d'état tenté contre lui par le Hamas est difficilement mesurable. Cependant, le soutien des palestiniens au gouvernement de réconciliation va probablement conduire ces derniers à penser à une simple querelle politique ou à une tentative d'Israël de déstabiliser l'appareil politique palestinien.

 

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