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[MàJ] Japon : Les enjeux du vaste remaniement prévu par Shinzo Abe

Publié par Kiergaard sur 26 Août 2014, 14:18pm

Catégories : #Politique

Le premier ministre japonais, Shinzo Abe, a annoncé début août qu'il comptait procéder à un remaniement ministériel d'envergure ainsi qu'à un renouvellement des postes de dirigeants de son parti politique, le parti libéral-démocrate (PLD - conservateur), dont il est toujours le dirigeant. Ce remaniement ne va pas sans poser certaines questions concernant la poursuite des politiques actuellement menées dans les domaines économique et militaire après les très mauvais chiffres du PIB pour le second trimestre (-6.8%).

Shinzo Abe - Flickr

Shinzo Abe - Flickr

Mise à jour (26/08) : Dans un revirement inattendu, Shigeru Ishiba semble avoir renoncé à entrer au gouvernement, préférant conserver une place privilégiée sur la scène politique. Cela pourrait signifier qu'il mise sur un affaiblissement de Shinzo Abe en vue d'une prise de pouvoir au sein du parti conservateur qui le mènerait au poste de Premier Ministre dans les années à venir.

  • Le calendrier et l'ampleur du remaniement

Après quelques jours de débats dans la presse japonaise, la cause semble entendue : le 2 septembre Shinzo Abe annoncera les changements dans l'équipe dirigeante de son parti et le lendemain il annoncera un remaniement d'ensemble qui concernera plus de la moitié du Cabinet gouvernemental actuel. Entre 4 et 8 responsables conserveraient leurs postes au sein du Cabinet qui se verrait probablement augmenter de 2 portefeuilles et serait féminisé. 

  • Les postes clés

​À l'heure actuelle, le vice premier-ministre, le ministre des Finances et le ministre de la revitalisation économique conserveraient stratégiquement leurs postes. Abe doit cependant négocier son partenaire de coalition, le Nouveau Komeito, qui souhaiterait conserver son poste actuel au gouvernement. Parmi les sortants, trois autres cadres du parti qui occupent des fonctions dans le gouvernement, cependant comme deux sont des femmes, cela pose un problème concernant la volonté d'Abe de féminiser le Cabinet et le leadership du PLD. Le sort du secrétaire-général actuel du PLD, Shigeru Ishiba, qui pourrait se voir offrir un nouveau portefeuille, celui de la sécurité nationale. Ce futur candidat au poste de Premier Ministre pourrait voir sa campagne complexifiée par un passage au gouvernement (qui l'empêcherait de critiquer son principal rival, Abe), il semble néanmoins en route pour accepter un poste au sein du gouvernement. 

  • Les enjeux et risques pour le nouveau gouvernement

​Plusieurs chantiers sont en cours qui nécessitent un certain doigté au sein du gouvernement japonais. 

- Sur le plan de la politique générale : Abe doit composer avec les diverses sensibilités de son parti mais il doit également faire face à une érosion de sa popularité. À ce titre, un remaniement est sensible pour son parti, bien qu'il permette de gagner des soutiens parmi les futurs nommés, selon une règle de séniorité coutumière depuis plusieurs décennies, mais semble être un bon point concernant sa popularité, même si certains commentateurs estiment qu'il s'agit d'une diversion afin de faire prendre en charge la plus grande partie du mécontentement populaire par le secrétaire-général de son parti. 

- Sur le plan institutionnel et le pilotage des réformes : Abe doit composer avec une rationalisation des activités du "Bureau" (Cabinet Office : qui élaborent les projets de réforme) et du "Secrétariat" du Cabinet (qui conseille le Premier Ministre dans ses fonctions). Les hauts fonctionnaires de ces organes seraient opposés à une modification drastique de leurs activités et à un repositionnement de leurs fonctions au niveau ministériel, voire local. La réforme qui s'annonce est délicate. Elle risque en de rendre le gouvernement plus vulnérable aux divergences de points de vue au sein d'un gouvernement qui viendra en plus juste d'être remanié et qui accueillera des personnalités avec une expérience gouvernementale moindre. La continuité avec l'action du précédent Cabinet risque d'être entamée. 

- Sur le plan des réformes entamées : On peut s'attendre à une certaine stabilité sur le plan économique, au niveau financier, monétaire (qui dépendent largement de la Banque du Japon) et des négociations commerciales internationales (le ministre en charge restant en place) . En revanche, l'action économique régionale et la gestion du parc nucléaire pourraient être chamboulées par les réformes du Bureau et du Cabinet. Une des questions-clés réside dans le renouvellement du pilotage délicat de certaines réformes structurantes mais polarisantes comme la révision du concept d'auto-défense collective dans la Constitution et les discussions sur les capacités militaires du Japon. Cependant, au vu de la majorité absolue du PLD à la Diète (Parlement), Abe risque de ne pas avoir de soucis à se faire à ce niveau. 

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