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Afrique du Sud : La principale banque du pays placée sous curatelle par la Banque Centrale

Publié par Kiergaard sur 10 Août 2014, 16:44pm

Catégories : #Actualité économique et financière

African Bank Limited, principale banque du pays et spécialisée dans l'octroi de prêts non sécurisés vient d'être placée sous curatelle par la banque centrale d'Afrique du Sud et un pool de prêteurs vient d'être mobilisé pour injecter près d'un milliard de dollars dans la banque. La perturbation générée par ces annonces en Afrique du Sud conduit certains observateurs à faire le parallèle avec Lehman Brothers. Cette comparaison est sans doute exagérée, cependant la situation économique du pays n'est pas brillante et le modèle d'affaires de la banque rappelle de mauvais souvenirs.

Afrique du Sud : La principale banque du pays placée sous curatelle par la Banque Centrale
  • Contexte

« Le 6 août 2014, la banque a annoncé au marché, que Leon Kirkinis son fondateur et Président Directeur Général depuis 23 ans, démissionnait dans un contexte marqué par des perspectives annuelles de pertes massives. Au 30 septembre 2014 en effet, les pertes globales d'ABIL devraient atteindre 6,4 milliards de Rands (600 millions $) et elle estime qu’elle aura besoin de 8,6 milliards de Rands (806,68 millions $) pour renforcer son capital Tier 1. C’est une sollicitation de trop pour ses actionnaires après celle de fin 2013 » (Agence Ecofin)

Les conséquences sur le cours de Bourse du titre ne se sont pas faites attendre ! 

 

 

 

Source : Zonebourse

Source : Zonebourse

La banque est en difficulté depuis quelques mois, après que le régulateur sud-africain a considéré que plusieurs de ses opérations étaient "imprudentes", ce qui l'a empêché de lancer une opération de recapitalisation efficace auprès des marchés, comme le rapporte Bloomberg.

Une conjoncture difficile en Afrique du Sud (Hausse du chômage et de l'inflation) ont fait augmenter la part de prêts douteux dans le bilan de la banque. Depuis le 1er janvier, le titre a perdu 78% de sa valeur. Des doutes sur la survie de la banque ont été émis

 

  • Enjeux et risques potentiels

« Certains experts admettent que sur le plan systémique les risques de propagation directe sont minces, il existe un risque de choc psychologique dont on ne peut imaginer la portée. Interrogé par une radio sud-africaine, Jean Pierre Verster de 36ONE Asset Management pense que si les autorités laissent tomber African Bank Investment, cela pourrait envoyer un message négatif laissant croire que les créanciers peuvent ne pas payer leur dette.  Un fait qui durcira les conditions de banques et un renchérissement des coûts financiers. C’est aussi l’avis des dirigeants du Public Investment Corporation qui est un des plus gros investisseurs du pays.

De toute évidence, il est donc largement admis que tout doit être fait pour sauver le soldat African Bank Investment Limited. Parmi les solutions plausibles deux ont été identifiées. D’une part, délester la Banque de sa filiale Ellerines pour faire en sorte de réduire les pertes occasionnées par celle-ci, et d’un autre côté de procéder à un renflouement à hauteur de 8,6 milliards de Rands. Les trois plus gros actionnaires peuvent très facilement mobiliser ces fonds, tout comme le gouvernement sud-africain aussi. Mais il reste désormais la question de savoir si le modèle d'affaire de la banque sud-africain est durable et doit être soutenue (...)

Avec un Rand (monnaie sud-africaine) en perte de vitesse, une inflation grandissante, l'avancée du chômage et la baisse conséquente du pouvoir d'achat, les ménages ne peuvent plus rembourser. Aux Etats-Unis, les prêts avaient servi à acquérir des immeubles, des biens matériels. En Afrique du sud la banque a financé la dette pour des biens de consommation, ce qui peut être plus grave. Public Investment Corporation a déjà averti, une intervention de sa part devrait se conditionner par une diversification des sources de revenus de la banque et des changements au sein de son Board, évoquant même l’hypothèse de transformer ABIL en une banque commerciale classique. » (Agence Ecofin) 

 

  • Réaction de la Banque Centrale

​Aujourd'hui, la Banque Centrale sud-africaine semble avoir pris la mesure des risques et après des négociations avec les cadres de la Banque vient de placer l'entité sous "curatelle". Un plan de sauvetage a été décidé, ce dernier s'élève à 939 millions de dollars, rapporte Reuters. Il mettra à contribution un consortium de prêteurs du pays qui souscriront la levée de capitaux. Il a donc été décidé de nommer un curateur et de renflouer la banque. Des changements dans son modèle d'affaires particuliers vont probablement être annoncés quand le renouvellement de son équipe dirigeante sera effectué. Le gouverneur de la banque centrale, Gill Marcus, a annoncé que la banque continuerait ses activités sous la surveillance du curateur qui sera assisté par une équipe d'experts. 

 

 

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