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Où va l'argent destiné au développement ? Plutôt dans des banques et des entreprises occidentales (Eurodad)

Publié par Kiergaard sur 10 Juillet 2014, 16:18pm

Catégories : #Actualité économique et financière

Un rapport du réseau European Network on Debt and Development publié aujourd'hui fait un peu de lumière sur les Institutions du Financement du Développement (DFIs) qui gèrent désormais la majorité des flux financiers destinés au développement. Ces Institutions sont gérées par les gouvernements et investissent des milliards de dollars (soit 2/3 de l'aide traditionnelle au développement) dans des projets portés par le secteur privé. Ce rapport questionne les principes et la gouvernance de ces institutions, qui comprennent notamment la Banque Européenne d'Investissement, pour apprécier leur rôle et leur efficacité dans l'aide au développement.

 

Où va l'argent destiné au développement ? Plutôt dans des banques et des entreprises occidentales (Eurodad)

Le rapport est disponible sur cette page.

 

Au niveau de la gouvernance de ces institutions de financement du développement, qui sont majoritairement contrôlées par des gouvernements de pays développés, la principale préoccupation du rapport est l'absence d'influence des gouvernements, institutions ou décideurs des pays récipiendaires de l'aide au développement. En pratique cela signifie que les destinataires de l'aide ne participent pas efficacement au processus d'attribution des investissements ou au choix des projets retenus.

Cette situation étrange s'explique, sans se justifier, par un des autres éléments mis en évidence par le rapport : Les entreprises occidentales et les institutions financières (banques d'investissement ou de détail) touchent "la part du lion" dans les contrats résultants de cette aide au développement gérées par les institutions financières de développement. Ainsi dans le détail : 

  • 50% des fonds versés au secteur privés par les DFIs l'ont été vers le secteur financier. Cela soulève des questions sur l'utilisation ultérieure de ces fonds et sur la manière dont ils peuvent contribuer de manière efficace au développement dans les pays concernés.
  • Seuls 25% des sommes mobilisées par la Banque Européenne d'Investissement et la Société Financière Internationale de la Banque Mondiale ont été distribués à des entreprises basées dans des pays en développement.
  • Il existe des doutes sur l'évaluation et le suivi des instruments financiers mobilisés par les DFIs (capital, garanties etc...)
  • Les investissements étrangers dans des pays en développements sont normalement positifs, mais ils induisent également des risques macroéconomiques s'ils ne s'accompagnent pas d'une vue d'ensemble pertinente du tissu économique et social dans lequel ils doivent s'insérer. Le rapport développe la situation de l'Asie pendant la crise financière.
  • Le fonctionnement de ces DFIs est opaque, ce qui empêche tout réel contrôle externe et constitue également un obstacle pour que les responsables locaux exercent une surveillance et un suivi des investissements. 

​Reconnaissant un rôle essentiel au secteur privé pour l'aide au développement, le rapport s'interroge néanmoins sur la pertinence d'acteurs entièrement contrôlés par des pays développés pour tenir les objectifs en matière de développement. Eurodad appelle à une revue de ces programmes et institutions qui devrait être mené par, ou avec une participation active, d'experts indépendants des pays en développement. L'impact final sur le développement des pays destinataires reste largement inconnue, notamment concernant les prêts intermédiés (qui passent tout d'abord par une banque). Le rapport pointe même parfois que l'aide au développement transite parfois par des paradis fiscaux, ce qui légitime à rebours leur rôle, alors même qu'ils sont responsables de la perte de centaines de milliards de dollars pour les pays développés, mais également pour les pays en développement. La démonstration de la plus-value des investissements réalisés à travers ces institutions doit être démontrée et la stratégie d'investissement doit être conditionnée par des impératifs nationaux et non ceux des pays qui gèrent l'institution. 

 

La Cour des comptes européennes s'était montré sceptique sur la manière dont le développement des pays tiers était pris en compte dans la politique commerciale de l'UE. Le rapport d'Eurodad pointe un autre problème concernant l'aide au développement.

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