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Les méthodes clandestines du contre-terrorisme américain dénoncées par Human Rights Watch

Publié par Kiergaard sur 21 Juillet 2014, 15:49pm

Catégories : #Droit-Justice

Les méthodes et techniques du FBI apportent-elles une plus-value en matière de sécurité aux américains ? La question paraît saugrenue au vu de l'activisme de l'agence à déjouer d'éventuelles activités terroristes sur le sol américain. Cependant, un rapport publié ce lundi par Human Rights Watch révèle que certaines des opérations clandestines de contre-terrorisme du FBI s'apparenteraient presque à la préparation, à l'entraînement et à l'incitation à commettre des actes terroristes. De surcroît, le ciblage exclusif d'américains mulmans et les errements dans les procédures lors des procès amènent l'organisation à conclure que les poursuites antiterroristes sont souvent "une illusion".

Les méthodes clandestines du contre-terrorisme américain dénoncées par Human Rights Watch

Dans nombre des plus de 500 affaires de terrorisme conduites par les tribunaux américains depuis le 11 septembre 2001, "le ministère américain de la Justice et le FBI ont ciblé des musulmans américains dans des opérations clandestines de contre-terrorisme abusives, fondées sur l'appartenance religieuse et ethnique", dénonce ce rapport de l'organisation Human Rights Watch (HRW) étayé de nombreux exemples.

L'organisation aidée de l'Institut des droits de l'homme de l’École de droit de l'Université de Columbia a en particulier étudié 27 affaires, de l'enquête au procès, en passant par l'inculpation et les conditions de détention, et interviewé 215 personnes, qu'il s'agisse des inculpés ou condamnés eux-mêmes ou de leurs proches, d'avocats, juges ou procureurs. (Belga)

«Dans certains cas, le FBI pourrait avoir créé des terroristes chez des individus respectueux de la loi en leur suggérant l'idée de commettre un acte terroriste», résume un communiqué, estimant que la moitié des condamnations résultent de coups montés ou guet-apens. Dans 30 % des cas, l'agent infiltré a joué un rôle actif dans la tentative d'attentat.

«On a dit aux Américains que leur gouvernement assurait leur sécurité en empêchant et en punissant le terrorisme à l'intérieur des États-Unis», a déclaré Andrea Prasow, l'un des auteurs du rapport. «Mais regardez de plus près et vous réaliserez que nombre de ces personnes n'auraient jamais commis de crime si les forces de l'ordre ne les avaient pas encouragés, poussés, et parfois même payés pour commettre des actes terroristes».

L'étude cite notamment les quatre de Newburgh, accusés d'avoir planifié des attentats contre des synagogues et une base militaire américaine, alors que le gouvernement avait, selon un juge, «fourni l'idée du crime, les moyens, et dégagé la voie» et transformé en «terroristes» des hommes «dont la bouffonnerie était shakespearienne».

Selon HRW, le FBI a aussi souvent ciblé des personnes vulnérables, souffrant de troubles mentaux et intellectuels.

(AFP)

S'il n'en reste pas moins que beaucoup des enquêtes ont correctement visées des personnes engagées dans la planification ou le financement d'attaques terroristes, il n'en reste pas moins que "beaucoup d'autres ont visée des personnes qui n'apparaissent pas comme étant engagées dans (ces activités) à l'époque où le gouvernement a commencé à enquêter. 

En des termes crus on pourrait dire que les agences gouvernementales américaines et le ministère de la Justice ont participé à des opérations visant des citoyens musulmans, assimilés à des terroristes en puissance, tout en ciblant plus particulièrement des personnes suffisamment faibles  et vulnérables pour aller jusqu'à suggérer, pousser, voire participer à des tentatives d'attentats qui ont pu avoir un retentissement médiatique important. 

Le rapport souligne même que des informateurs infiltrés ont été jusqu'à ignorer les "réticences" de certaines cibles à s'engager dans des activités terroristes. Peut-on condamner quelqu'un pour avoir été enrôlé sous diverses pressions à s'engager dans des activités qualifiables de terroristes ? La question se pose désormais crûment. 

Ce rapport va sans doute permettre de mettre en lumière la violation des droits des citoyens américains musulmans ui confessent dans ce rapport leur constante méfiance vis à vis de telles opérations. Il risque également de jeter le doute sur de nombreuses affaires et potentiellement d'en rouvrir d'autres. Le rapport recommande notamment de limiter le recours à des agents infiltrés et de les soumettre à une étroite supervision. 

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