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Des détails sur les méthodes d'espionnage du GCHQ au Moyen-Orient révélés (The Register)

Publié par Kiergaard sur 3 Juin 2014, 15:43pm

Catégories : #Numérique

  

Le magazine de nouvelles technologiques britannique The Register révèle, malgré les pressions du gouvernement, de nombreuses informations sur les méthodes du renseignement britannique au Moyen-Orient et notamment des détails sur une base clandestine qui espionne les câbles sous-marins dans la région.

 
Des détails sur les méthodes d'espionnage du GCHQ au Moyen-Orient révélés (The Register)

Source : "GCHQ's BEYOND TOP SECRET Middle Eastern INTERNET SPY BASE" (The Register)

 

Le magazine prétend révéler des informations qui sont parvenues dans un cache de 58 000 documents fournis par Edward Snowden mais qui, bien qu'étant en possession de certains journaux, sont restées secrètes du fait des pressions du gouvernement (Les informations qui sortent dans la presse font souvent l'objet de discussions préalables avec les gouvernements concernés lorsque la matière est très sensible). Il s'intéresse notamment à une base secrète du GCHQ (une des 3 bases de ce pays, classifiés sous 3 noms de code), basée à Seem, sur la côte nord du sultanat d'Oman, qui fait partie d'un programme, appelé "CIRCUIT". Les activités de ce réseau de bases, stratégiquement proche de l'Irak et du Yémen notamment, est d'espionner les câbles sous-marins qui transitent dans la zone. 

D'après The Register, les journaux britanniques ont accepté de ne révéler que la catégorie 1 (sur 3) des éléments classifiés, à savoir des détails sur le programme Tempora (voir cet article du Monde). Ce que The Register révèle ce sont les éléments 2 et 3. 

Il s'agit notamment des accords de partage de données entre la NSA et le GCHQ, mais également les accords entre le GCHQ et de certaines entreprises de télécommunications (désignées par des noms de code dans les documents). C'est ainsi que BT (British Telecom) et Vodafone Cable disposent de contrats avec le GCHQ et la NSA, d'équipes en charge des contacts avec les agences mais également d'équipes d'ingénieurs en charge d'installer manuellement des sondes et autres éléments techniques pour copier les données transitant par les câbles sous-marins vers les centres de traitement de l'agence. Pire, il semble avéré que les entreprises contractantes, qui reçoivent des dizaines de millions d'euros par an (ou qui finissent par embaucher les anciens membres des renseignements), installent parfois des mouchards sur les câbles d'autres compagnies sans leur consentement pour le compte des renseignements. Les ingénieurs de BT étant particulièrement utilisés par l'agence britannique.

BT et Vodafone opèrent également sur les réseaux de câbles optiques longue distance qui transitent par le Royaume-Uni (voir cet article du Monde). Les raccords permettant les interceptions sur les câbles britanniques sont faits hors la connaissance des propriétaires des câbles dans un lieu tenu secret 

La découverte du programme CIRCUIT permet d'illustrer les failles de la réglementation britannique en la matière. Le GCHQ dispose en effet de special “external” warrants (mandats externes spéciaux) permettant de collecter des données à l'étranger pour ce qui concerne le terrorisme, la fraude financière, les compagnies militaires privées mais également les intentions politiques des états étrangers. Ces mandats, réactualisés tous les six mois, peuvent être changés à volonté sans réel contrôle par les ministres britanniques. Pire, les officiels du GCHQ peuvent ensuite mener leurs opérations en toute latitude puisque l'adéquation entre leur cible et le mandat externe est laissé à leur appréciation. 

Concernant le programme en lui-même, le journal rappelle que c'est l'un des derniers exemples de collaboration entre le renseignement britannique et cet état autocratique dirigé depuis 44 ans par le sultan Qabus bin Said qui a effectué, avec l'appui des forces spéciales britanniques (et de l'Iran), un coup d'état contre son propre père en 1970. Si le sultanat affiche de bonnes statistiques économiques depuis, il n'en a pas moins connu une vague de protestation en 2011. Au départ la base de Seeb, a été construite pour suivre les satellites de communication civils dans le cadre du programme Echelon. Un autre centre a été acté en 2009 lorsque l'agence britannique a voulu aller plus loin avec son projet de "Maîtrise de l'Internet" (Mastering the Internet). L'installation de circuit à Seeb permet d'accéder à 9 câbles sous-marins stratégiques.

 

 

La position stratégique d'Oman

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