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Ukraine : L'accord de Genève est déjà mort

Publié par Kiergaard sur 21 Avril 2014, 10:52am

Catégories : #Géopolitique-International

Ukraine : L'accord de Genève est déjà mort

Un accord conclu entre des parties aux intérêts différents et à la communication agressive avait-il une chance de produire un quelconque effet sur le terrain ? La réponse est clairement non et on peut le vérifier aisémentOn peut être certain que tout le monde savait dès le départ que cet accord ne mènerait à rien mais qu'il fallait néanmoins faire bonne figure. 

 

Les esprits sont bien trop à vif et la communication beaucoup trop agressive pour obtenir une désescalade sur le terrain. 

  • Les manifestants et séparatistes à l'est qui justifient leurs actions en soulignant le parallèle avec Maïdan vont-ils cesser leurs actions si la place Maïdan n'est pas évacuée ? Non, bien évidemment. Le pouvoir ukrainien savait très bien que les russes avaient en tête la question de Maïdan en proposant la libération des places etc... néanmoins la référence à l'occupation "illégale" des places à permis au gouvernement central de refuser de libérer la place sous prétexte que l'occupation était "autorisée par la mairie de Kiev". Ce refus a été qualifié "d'inacceptable" par Sergeï Lavrov dans une intervention ce matin. Ce n'est pas la première fois que le gouvernement évoque le démantèlement des barricades sur la place de l'Indépendance, mais cela n'a jamais été accepté et on peut douter que le pouvoir puisse contraindre ceux qui y sont installés à partir. La confiance n'étant pas au beau fixe envers le gouvernement.
  • De la même manière, a été qualifié d'inacceptable le maintien en détention de certains leaders politiques dans l'est et le sud. Ils ne sont pas visés par l'amnistie prévue qui concerne uniquement ceux qui ont rendu leurs armes. Est particulièrement visé le cas de Pavel Gouvarev, le chef auto-proclamé de la Milice du Peuple dans le sud-est de l'Ukraine qui est repris par la presse russe. 
  • Ukrainiens et russes développent une rhétorique particulièrement partiale et parfois grossièrement provocatrice qui sape toute confiance. On ne sait pas encore exactement ce qui s'est passé à Sloviansk, même si les morts sont confirmés par la partie russe et ukrainienne, mais les responsabilités ne sont pas connues. Le pouvoir ukrainien continue de brandir l'affaire des tracts antisémites comme un fait avéré alors qu'il s'agit d'un faux ainsi que cela a été reconnu par le rabbin de la ville, des témoins. Les médias occidentaux ont également accepté ce fait après l'avoir abondamment relayé. 
  • À la rhétorique russe du "nous devons faire cesser le bain de sang en préparation", les autorités ukrainiennes font état des rêves de Poutine de détruire l'Ukraine, de rétablir l'ancienne URSS, de sa peur face à une répétition de la situation de Maïdan en Russie... Tout cela ne mène à rien, sinon à maintenir la population de l'ouest de l'Ukraine dans une situation d'angoisse permanente. 
  •  Ce climat d'agitation permanente attisé par une communication agressive fait obstacle aux discussions sur la future réforme constitutionnelle... Les autorités centrales "font trainer" l'organisation du "large dialogue national" prévu dans l'accord d'après Moscou. Néanmoins, au vu des récents évènements au Parlement Ukrainien et des appels plus ou moins masqués à supprimer les partis pro-russes, voire même le parti communiste on peut douter que le climat soit simplement propice aux consultations... 
  • Les dirigeants russes, européens et occidentaux ont leur responsabilité dans cet état de fait. Leurs moyens de pression sont d'autant plus limités que leurs déclarations publiques rendent les positions des acteurs sur le terrain plus irréconciliables. La Russie ne se privant d'ailleurs pas de souligner que les américains feraient mieux de voir la responsabilité des autorités ukrainiennes dans les évènements plutôt que de poser des ultimatums. Néanmoins, le président américain est contraint par la position de ses conseillers dont certains ne seraient pas contre un isolement à l'iranienne de la Russie. Ce à quoi Lavrov à répondu qu'isoler la Russie était "impossible". 

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