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Comprendre les aspirations et représentations des ukrainiens de l'est et du sud (sondage)

Publié par Kiergaard sur 19 Avril 2014, 17:49pm

Catégories : #Géopolitique-International

Comprendre les aspirations et représentations des ukrainiens de l'est et du sud (sondage)

Un vaste sondage réalisé par l'Institut International de Sociologie de Kiev permet de mieux saisir l'état de l'opinion publique des populations de l'est et du sud de l'Ukraine du déclenchement de la crise jusqu'à la question d'un potentiel rattachement à la Russie. Si elle n'offre qu'un aperçu à un instant T de cette opinion, cette étude est indispensable pour tous ceux qui prétendraient résoudre ou analyser la crise qui secoue actuellement le pays. L'étude menée auprès de 3 232 personnes offre un tableau contrasté. 

 

Source

Mise à jour : Suite à la rédaction de cet article, je tombe sur un travail similaire en langue anglaise. La lecture croisée sera intéressante. 
Mise à jour 2 : Les tables sont disponibles ici et peuvent être traduites relativement aisément. 

Parmi les enseignements de cette étude menée dans les régions de Donetsk, Louhansk, Dniepropetrovsk, Odessa, Mikolaïv, Kherson, Kharkiv et Zaporijie : 

 

  1. Perception contrastée des évènements de la place Maïdan : 
    ​- D'une manière générale, et bien que l'issue finale soit perçue comme prévisible, les habitants du sud et de l'est sont partagés entre ceux qui voient dans ces évènements une révolte contre la corruption et la crise économique et ceux qui y voient un coup de force contre le pouvoir en place assimilé à un coup d'état. L'équilibre est relativement respecté sauf pour les régions de Donetsk et Louhansk (où respectivement 70% et 61%) voient les évènements comme un coup de force assimilable à un coup d'état. 
    - Il y a une opposition importante à l'emploi de la force des armes, que ce soit du côté du pouvoir (68%) ou des manifestants (84%). Néanmoins, cela ne signifie pas que les ukrainiens du Donbass ne souhaitaient pas une dispersion des manifestants, comme le souligne les auteurs de l'étude. Se pose alors la question de savoir de quelle force aurait-il fallu user. Au vu de ces réponses on peut clairement comprendre l'opposition de la population à l'emploi de l'armée par les autorités centrales, mais également l'absence de soutien massif aux actions des séparatistes russes. 
    - Concernant les responsabilités pour les victimes à travers l'Ukraine voici, en moyenne, la prévalence des réponses : Ianoukovitch (45%), les responsables de l'opposition (37%), la "main de l'Occident"  (18%), les manifestants (10%), les forces de sécurité et Berkut (8%), la Russie (4%). 

     
  2. Ianoukovitch et Timochenko rejetés, les leaders actuels illégitimes : 
    - Les actions de Ianoukovitch sont jugées relativement sévèrement et il n'est considéré comme le président légitime de l'Ukraine que par une très faible minorité des sondés (entre 5 et 20% selon les régions). Ce retrait a été néanmoins acté par toutes les parties internationales, Russie comprise, malgré les contestations occasionnelles de l'interessé. 
    - En moyenne, Ioulia Timochenko plafonne à 4% dans les intentions de vote à l'est et au sud du pays... Son passage au pouvoir a visiblement laissé un très mauvais souvenir et ses récentes déclarations véhémentes sur la Russie a probablement eu un très mauvais impact. Néanmoins, près de 40% des électeurs sont indécis. 
    - Conséquence logique de l'interprétation des évènements à Kiev, à peine 1/3 des personnes interrogées dans cette zone considèrent Alexandre Tourchinov et Arseni Yatseniouk comme légitimes (en moyenne, contre 50% qui affirment qu'ils sont "illégitimes" et 15% qui ne se prononcent pas). On peut affirmer que la bataille de la légitimité est totalement perdue, du moins pour les régions de Donetsk et Louhansk. 

     
  3. Sentiment nuancé concernant la Crimée et l'attitude future de la Russie : 
    - 44% (en moyenne) des sondés des 8 régions pensent que l'annexion de la Crimée est illégale, contre 43% qui pensent qu'elle est le reflet d'un libre choix de ses habitants. Donetsk, Louhansk (nettement). La part d'indécis est relativement élevée (autour de 15-20% à chaque fois). 
    - Les autorités (anciennes) de Crimée ou le gouvernement central sont relativement blâmés par une majorité de répondants. Mais une importante minorité (30-40%) estime que son attitude a été correcte. Moins d'un quart des sondés blâment les autorités autoproclamées de Crimée. 
    - Environ 40% des habitants pensent que la Russie pourrait intervenir dans l'est de l'Ukraine contre 1/3 qui ne le pensent pas et 20% qui ne se prononcent pas. 
    - Dans un tel cas de figure, que feraient les habitants ? Rester chez eux et ne pas interférer (43%), se défendre (33%), indécis (20%). Cela ne veut néanmoins pas dire qu'une telle intervention serait approuvée.
    Une très faible minorité (10%) se déclare en faveur d'une intervention des troupes russes. De la même manière qu'une grosse majorité s'est opposée à l'intervention de l'armée ukrainienne. 

     
  4. Craintes et attentes : 
    - Interrogés sur leurs craintes, voici les réponses par fréquence : le banditisme, l'effondrement de l'économie, la guerre civile, le non paiement des pensions et salaires, la rupture des liens économiques avec la Russie (au dessus de 20%). 
    - Interrogés sur leurs attentes, voici les réponses par fréquence : Le désarmement et la dissolution des forces armées illégales de Kiev (37%), renouer les liens économiques avec la Russie (23%), la définition de perspectives claires pour l'économie (22%), l'établissement d'un dialogue entre l'état central et leur région (19.5%), la tenue d'élections présidentielles et législatives (17%)... 

     
  5. Rejet des troubles dans l'est, la main de la Russie pas clairement reconnue :
    - Une grande majorité des sondés (76%) n'approuvent pas le recours à la saisie armée de bâtiments dans leur région. Néanmoins, cela ne signifie pas qu'ils ne partagent pas certaines des préoccupations des personnes qui agissent de la sorte, ou qu'ils approuvent les actions du gouvernement central pour lutter contre cela. 
    - Environ 60% des sondés pensent que la Russie est derrière ces troubles, mais cette proportion tombe à 50% ou moins dans les zones les plus troublées. Ce qui peut signifier 3 choses selon les auteurs de l'étude : 1° Il n'y a pas de "saboteurs" - 2° Ils ne sont pas reconnus - 3° Il y a une réticence à l'affirmer pleinement en fonction d'intérêts personnels. 

     
  6. Un rattachement à la Russie écarté par une forte majorité des sondés. Mais près d'1/3 des sondés de Louhansk et Donetsk le souhaite...
    - Il semble que cette perspective soit totalement écartée (>80%) dans la plupart des régions, mais il y a deux exceptions notables, à savoir Louhansk et Donetsk ou presque 30% de la population souhaiterait rejoindre la Russie (contre 50% qui sont contre et 20% d'indécis ou qui ne savent pas). Au vu de ces résultats, il semble peu probable que la Russie tente un nouveau coup prenant la forme d'un référendum dans ses régions. Au vu du statut spécial de la Crimée, on peut raisonnablement penser que si 96% des criméens n'ont pas souhaité rejoindre la Russie, on peut néanmoins penser qu'une petite majorité le souhaitait effectivement.  
    - La stabilité des salaires et des pensions, la stabilité économique et du gouvernement sont les 3 facteurs d'attraction de la Russie le plus souvent cité par les répondants. Ils jouent le plus à Donetsk et Louhansk. 

     
  7. Ambiguïté sur l'UE et la communauté eurasiatique : 
    - Sans grande surprise, le soutien en faveur de l'Union Douanière est plus important dans l'est et le sud. 
    - Concernant l'intégration politique, une majorité des ukrainiens de l'est et du sud restent opposés à une entrée dans l'UE (de manière très nette dans les régions les plus orientales, de manière moins nette ailleurs). 

     
  8. Une volonté de se débrouiller seul sur le plan des changements constitutionnels et un soutien à une décentralisation plus poussée :
    - C'est au peuple ukrainien de déterminer les changements constitutionnels nécessaire au pays (87%). Impliquer la Russie (6%) ou tirer profit des expériences américaines ou européennes (0.8% !) n'est pas perçu positivement. Alors que Kerry, l'UE et Lavrov réclament des changements à tous les niveaux effectués "sous le contrôle de...", cela ne réjouit pas les ukrainiens de l'est. 
    - Concernant le modèle politique souhaité : Il y a une préférence marquée pour un état unitaire décentralisé (45%), suivi par une fédéralisation (25% (40% à Louhansk et Donetsk)), état unitaire avec un pouvoir central fort (19%). Les partisans d'une fédéralisation sont une relative majorité active à Louhansk et Donetsk mais une minorité dans les autres régions. 

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