Points de vue alternatifs

Analyse et veille des médias internationaux : géopolitique, économie, numérique...


Panorama de la Société 2014 - La crise et ses retombées (OCDE)

Publié par Kiergaard sur 18 Mars 2014, 11:43am

Catégories : #Actualité économique et financière

Les inégalités de revenu et les fractures sociales pourraient s’aggraver et se pérenniser, à moins que les gouvernements n’agissent rapidement pour apporter un soutien accru aux plus vulnérables, selon un nouveau rapport de l’OCDE. Celles-ci se sont accrues durant la crise selon un rapport publié aujourd'hui par l'OCDE.

La présentation se focalisera sur la version anglophone du rapport. La version française sera publiée le 27 mars.

Quelques points en introduction (extraits du communiqué de presse francophone) : 

« Malgré l’amélioration graduelle de l’économie mondiale, la consolidation budgétaire en cours à moyen terme dans de nombreux pays posera des difficultés pour lutter contre les conséquences sociales de la crise.

Les dépenses publiques en faveur des prestations d’invalidité, des allocations familiales et des allocations chômage ont augmenté dans les premiers temps de la crise, mais ces secteurs sont aujourd’hui sous pression. Le champ couvert par ces dispositifs est aussi un enjeu : si les programmes de protection sociale ont aidé à atténuer l’impact de la crise pour de nombreuses personnes, d’autres personnes n’ont guère été aidées, voire n’ont bénéficié d’aucun soutien, en particulier dans l’Europe du Sud.

Les gouvernements doivent envisager toutes nouvelles coupes dans les dépenses sociales avec beaucoup de prudence, estime l’OCDE. Cela pourrait aggraver les difficultés des plus vulnérables et mettre à mal la cohésion sociale future. (...)

Les gouvernements doivent cibler les dépenses sociales et les investissements sur ceux qui en ont le plus besoin, estime l’OCDE. Les coupes indifférenciées dans les transferts sociaux sont à éviter. C’est le cas, en particulier, pour les allocations logement et les prestations au titre des enfants ou de la famille car ces prestations apportent souvent une aide vitale aux familles d’actifs pauvres et aux parents isolés. En réduisant les dépenses en faveur des investissements sociaux aujourd’hui, on pourrait nuire au développement des enfants à long terme et compromettre les chances d’emploi des individus et leurs perspectives de bien-être à l’avenir.

 

Panorama de la société 2014 met en lumière l’impact de la crise à l’aide de toute une palette d’indicateurs :

 

  • Le nombre de personnes vivant dans des ménages qui ne perçoivent aucun revenu d’activité a doublé en Espagne, en Grèce et en Irlande, et s’est accru de 20 % ou plus en Estonie, aux États-Unis, en Italie, en Lettonie, au Portugal et en Slovénie.
     
  • Les ménages pauvres ont vu leurs revenus diminuer plus fortement, proportionnellement, que les ménages aisés et ils ont moins profité de la reprise –– en particulier en Espagne, en Estonie, en Grèce, en Irlande et en Italie.
     
  • Les jeunes sont davantage exposés qu’avant la crise au risque de pauvreté : la part des 18‑25 ans vivant dans des ménages dont le revenu est inférieur au revenu médian national a augmenté dans la plupart des pays –– de 5 points de pourcentage en Espagne, en Estonie et en Turquie ; de 4 points en Irlande et au Royaume-Uni ; et de 3 points en Grèce et en Italie.
     
  • La part des personnes qui déclarent qu’elles n’ont pas les moyens d’acheter suffisamment de nourriture a augmenté dans 23 pays, en particulier en Grèce et en Hongrie, mais aussi aux États-Unis.
     
  • Les taux de fécondité ont baissé davantage encore depuis la crise, aggravant les défis démographiques et budgétaires liés au vieillissement. Alors qu’il était orienté à la hausse depuis 2000, atteignant 1.75 enfant par femme en 2008, le taux de fécondité est retombé à 1.70, la baisse des revenus et les incertitudes amenant peut-être un plus grand nombre de couples à différer un projet d’enfant ou à avoir moins d’enfants.
     
  • S’il est trop tôt pour mesurer les effets à long terme de la crise sur la santé des populations, on sait que le chômage et les difficultés économiques contribuent à divers problèmes de santé, favorisant notamment la maladie mentale.
     
  • Les dépenses en faveur de l’éducation en proportion du PIB ont diminué dans la moitié des pays de l’OCDE depuis le début de la crise, en particulier en Estonie, aux États-Unis, en Hongrie, en Islande, en Italie, en Suède et en Suisse. Cette baisse aura avant tout un impact sur les plus pauvres au sein de la société, observe l’OCDE et, à long terme, cela pourrait entraîner une moindre participation à l’éducation, de moindres performances et moins de mobilité ascendante pour les enfants issus de familles à bas revenu. »

Une courte synthèse pour chaque pays est disponible sur cette page. En voici quelques éléments pour divers pays : 

  • Concernant la France (fiche en français), l'OCDE pointe le fait que les dépenses sociales vont avant tout aux groupes les moins touchés par la crise rendant nécessaire un "arbitrage entre le maintien de systèmes généreux de retraite et la mise en place de mesures efficaces d’aide aux personnes les plus touchées par les difficultés du marché du travail". Bien que le modèle social français ait contenu la hausse de la pauvreté ("grande réussite"),  la pauvreté chez les enfants et les jeunes a encore  progressé depuis le début de la crise, de même que le chômage. Le graphique suivant est particulièrement parlant. 

     
Panorama de la Société 2014 - La crise et ses retombées (OCDE)
  • Concernant l'Allemagne (fiche) : L'OCDE pointe notamment que plus pourrait être fait pour les familles, de même que pour le taux d'emploi des femmes. L'inégalité en termes d'équivalent temps-plein entre les hommes et les femmes est particulièrement élevé (76% pour les hommes 52% pour les femmes). La faible démographie allemande est également soulignée. L'OCDE met en lumière un paradoxe : si les dépenses de santé sont élevées, la perception de l'état de santé est faible, et même très faible chez les plus défavorisés. 

 

  • Concernant la Grèce (fiche) : Les dépenses sociales ont reculé de 17% entre 2007/2008 et 2012/2013 (quand on connaît la hausse du chômage sur la période, je vous laisse imaginer ce que le rapport entre les dépenses sociales et le nombre de destinataires...). Le revenu des ménages a diminué d'1/3 entre 2007 et 2012. Avant le déclenchement de la crise, le système social grec n'était en plus pas préparé, comme en France la redistribution était opérée vers les ménages les moins à risques. (cf graphique). Les symptômes d'une crise sociale (on ajoutera sanitaire etc...) sont réunis, de nombreux grecs ont quitté le pays, 20% des actifs vivent dans une famille ou aucun des membres ne travaille etc... L'OCDE déploit alors ses petites recettes : "To prevent economic difficulties from becoming entrenched, Greece now needs to invest in better and more  cost-effective social support measures, while pushing on with structural reforms to reduce spending on  poorly targeted programmes (etc...)"
     
  • Concernant les États-Unis (fiche) : "Les États-Unis continuent de présenter les plus hauts niveaux d'inégalité parmi les pays de l'OCDE, tirée par les gains croissants des 1% et une plus grande pauvreté parmi les américains les plus démunis". Si quelques réformes ont été prises pour soutenir le revenu des chômeurs, les réformes destinées au retour à l'emploi n'ont pas été concluantes (apparemment radier des listes n'est pas considéré comme une réforme). 
Panorama de la Société 2014 - La crise et ses retombées (OCDE)

Le taux de pauvreté relative est parmi le plus élevé des pays de l'OCDE (17.4%), seuls Israël, le Mexique, le Chili et la Turquie font pire... En 2011-2012, par rapport à 2006-2007, 21% des américains déclaraient ressentir des difficultés pour acheter de la nourriture (+7 points) alors que la moyenne dans l'OCDE est de 13.5% et de 11% dans l'UE (avec des hausses bien moindres sur la période). De plus, le retrait trop rapide de certaines prestations de soutiens en raison des incertitudes budgétaires et fiscales placent de nombreux américains dans une zone risquée. Concernant les dépenses de santé, elles sont incroyablement élevées (y compris publiques cependant) pour des résultats modestes (mis à part enrichir les médecins et les laboratoires pharmaceutiques).
 

Je m'arrête la, je renvoie également vers des pays comme le Royaume-Uni, l'Italie, l'Espagne. Certains éléments concernant la Pologne ou les pays baltes permettent de relativiser certains jugements hâtifs. 

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents