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L’économie ukrainienne après la révolution (Direction Générale du Trésor)

Publié par Kiergaard sur 25 Février 2014, 13:35pm

Catégories : #Actualité économique et financière

Une synthèse bienvenue sur la situation économique et financière de l'Ukraine après les récents troubles.

 

Source : www.tresor.economie.gouv.fr

Auteur : Vincent Falcoz, chef du Service Économique

Date : 25/02/2014

Siège de la Banque Nationale d'Ukraine

Siège de la Banque Nationale d'Ukraine

À l’issue de 3 mois de crise politique, qui ont abouti à la chute du régime, il est important de faire un état des lieux de l’économie ukrainienne, qui sera la priorité des nouvelles autorités :

* L’économie ne s’est pas effondrée, mais l’industrie a particulièrement souffert au moment où s’amorçait une reprise :

L’économie ne s’est pas effondrée pour plusieurs raisons :

- La révolution est intervenue à un moment où s’amorçait une reprise après 15 mois de récession : dans son dernier rapport, le FMI prévoyait que l’Ukraine sortirait dès décembre 2013 de la récession (notamment grâce aux excellents résultats agricoles à la suite de la percée céréalière qui se poursuit depuis 10 ans) et retrouverait une croissance de +1% en 2014. La BERD partageait ce diagnostic en prévoyant même une croissance plus élevée pour 2014 (+1,5%)

- La révolution n’a pas affecté directement l’activité économique : la révolution s’est déroulée dans un espace restreint de la capitale et n’a donné lieu ni à une grève générale qui aurait paralysé les transports, ni à des perturbations importantes par l’engagement de salariés aux évènements pendant leurs heures de travail. Ce n’est que dans les tout derniers jours que la vie économique de la capitale a été suspendue

- La révolution n’a pas eu d’impact majeur sur la consommation : lors d’une réunion des CCEF le 13 février, nos entreprises très présentes dans le secteur de la consommation ont indiqué que le mois de janvier avait été curieusement bon, voire excellent. Le marché automobile a ainsi augmenté de +6,5%, ce qui a profité à PSA avec sa meilleure part de marché jusque là (5,5%). Leroy Merlin (qui a ouvert son 2ème magasin sur Kiev en décembre) et Auchan (une douzaine de magasins sur l’ensemble du pays) ont fait de bons mois en décembre et en janvier, il est vrai avec des achats de stockage typiques de période de crise (pâtes riz). Sanofi a vu ses ventes progresser de +9% en janvier.

La crise a étouffé le début de reprise :

- Les industries ukrainiennes ont particulièrement souffert en janvier : il semble bien que les évènements politiques ont singulièrement affecté les industries ukrainiennes en janvier, alors que le mois de décembre laissait entrevoir un début d’amélioration : en janvier, la production industrielle a ainsi reculé de -5% par rapport à janvier 2013, mais surtout de -16% par rapport à décembre (ce qui est beaucoup malgré un facteur saisonnier lié aux congés de début d’année) ;

- Certains secteurs ont été particulièrement affectés souvent en liaison avec des mesures adoptées par la Russie : en terme de variations mensuelles par rapport à décembre 2013, trois secteurs ont particulièrement souffert : les industries de transformation (-24,5%) ; le secteur agro-alimentaire (-26,5%) et les biens d’équipements (-27%). L’exemple le plus évident de l’effet négatif des pressions russes est le cas du groupe de confiserie Roshen, appartenant à l’oligarque d’opposition Porochenko, qui a souffert des interdictions d’exporter son chocolat vers la Russie dès juin 2013 sur des prétextes sanitaires, puis de contrôles fiscaux du régime, et qui a dû fermer son usine de Mariupol en février 2014.

* Malgré l’aide financière de la Russie en décembre et la dévaluation de janvier, la situation financière du pays s’est aggravée et fait peser un risque de défaut :

Le pays a évité le défaut de paiement et l’effondrement de la monnaie grâce à l’aide russe et une dévaluation maitrisée :

- L’aide russe de 15 Mds $ annoncée le 17 décembre, qui s’est traduite par l’achat immédiat de titres ukrainiens pour un montant de 3 Mds $, a permis à la fois de renflouer les réserves de change (+1,6 Mds $ sur le seul mois de décembre) et de financer une partie du déficit budgétaire de 2013 (-4,5% contre -6,5 à -7% si l’aide n’avait pas été accordée).

- La dévaluation de -9% de la grivna en janvier 2014, a réduit l’ampleur de la surévaluation du taux de change sans donner lieu à un effet de panique et à une forte augmentation de la demande de devises de la part de la population.

- L’Ukraine a ainsi pu respecter ses engagements financiers vis-à-vis de ses créanciers : le FMI a reçu 724 M $ de l’État ukrainien (échéance au 31 janvier) et 281 M $ de la Banque Nationale d’Ukraine (échéance au 12 février). L’État ukrainien a également remboursé en janvier 220 M $ aux porteurs de titres libellés en devises sur le marché domestique.

Le pays risque de plus en plus de ne pas pouvoir couvrir ses besoins de financements interne et externe :

- Les finances de l’État sont très dégradées : la situation budgétaire exacte du pays est actuellement inconnue tant la gestion de l’ancien gouvernement était opaque. Alors que le projet de budget 2014 n’a été adopté que le 14 janvier en un seul vote sans discussion, ce n’est que le 24 janvier que le gouvernement n’a fait état de l’exécution du budget 2013 jusqu’ici totalement secret: pour la 1ère fois depuis 2009, les recettes sont en baisse (-700 M euros). Durant les dernières semaines, l’ancien gouvernement a fortement augmenté les dépenses pour la défense (+13,6%) et la police (+9,3%).

- La couverture des besoins de financements externes est de plus en plus incertaine: souffrant toujours d’un fort déficit de sa balance courante (-9% du PIB en 2013), l’Ukraine, qui a de lourdes échéances à rembourser notamment vis-à-vis de Gazprom (3,7 Mds $) et du FMI (191 M $ à la mi-mars), devrait faire face à un service de la dette s’élevant à 13 Mds $. Or les réserves de change sont retombées à la fin janvier à 17,8 Mds $ (contre 20,4 Mds $ en décembre) après le refus de la Russie de verser la 2ème tranche de son aide (2 Mds $), et pourraient tomber à 11,2 Mds $ à la fin de l’année selon les projections du FMI. Dans un contexte international moins favorable qu’en 2013 pour des émissions obligataires du fait de la remontée des taux, l’Ukraine, sans aide financière extérieure, risque de plus en plus de faire défaut, ce qui se reflète dans la dégradation du risque ukrainien par les agences de notation (CCC pour Standard and Poors).

Direction Générale du Trésor

© Ministère de l'Économie et des Finances – Ministère du Commerce extérieur.

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