Points de vue alternatifs

Analyse et veille des médias internationaux : géopolitique, économie, numérique...


Reprise : Les plans de transition de Genève 2

Publié par Kiergaard sur 23 Janvier 2014, 22:27pm

Catégories : #Géopolitique-International

Reprise : Les plans de transition de Genève 2

Il y a un peu plus d'un mois, Reuters rapportait les discussions qui avaient lieu lors d'une conférence des "Amis de la Syrie". Elles permettaient de brosser un aperçu de l'état des négociations concernant une transition en Syrie. Alors que la conférence de Genève 2 commence demain, il est temps d'avoir une petite piqûre de rappel.

 

Reprise de cet article

 

Mise à jour : Bien que le sort d'Assad ne soit probablement pas de quitter le pouvoir d'ici la fin de la conférence, il est probable qu'il doive se retirer à moyen terme si la Russie venait à mettre son départ dans la balance contre d'autres exigences. Sa réaction personnelle serait alors à suivre attentivement. La Russie, notamment, raisonne clairement en termes de Realpolitik, totalement détachée des considérations morales qui nourrissent les esprits occidentaux (pas ceux des saoudiens ou des turcs) en leur faisant parfois perdre de vue la réalité du terrain et les effets de leurs actes passés. Si le départ d'Assad lui permet de faire valoir ses objectifs elle incitera le dirigeant syrien à se retirer. Il faut clairement distinguer l'approche intéressée masquée derrière les principes et la morale des occidentaux, de l'approche des pays arabes qui sont uniquement soucieux de leurs intérêts régionaux (souvent lié à une approche confessionnelle), et de l'approche russe qui veille à ses intérêts stratégiques et énergétiques tout en cherchant à éviter la propagation du terrorisme vers le Caucase. Concernant le peuple syrien, impossible de dire ce quelle peut bien être son approche. Personne ne peut aujourd'hui prétendre parler au nom du peuple syrien.
 

Alors que la conférence de Genève 2 (qui débutera à Montreux le 22 janvier par une réunion des ministres des affaires étrangères) doit se tenir dans un mois, les puissances occidentales se sont décidées à prendre la mesure des évènements en Syrie. À Londres, il y a quelques jours, ils ont annoncé à l'opposition syrienne et à leurs différents partenaires que Bachar al-Assad ne quitterait surement pas le pouvoir à la conférence de paix. Lors d'une réunion des "Amis de la Syrie", ils ont également souligné que lui et la minorité alawouite de Syrie devraient nécessairement jouer un rôle important dans un éventuel gouvernement de transition. C'est un énorme revirement de situation, il y a deux mois les "Amis de la Syrie" avaient affirmé qu'il ne jouerait aucun rôle dans un futur gouvernement.

"Nos amis occidentaux ont clairement dit à Londres que Assad ne peut pas être autorisé à y aller maintenant parce qu'ils pensent que le chaos ainsi qu'une prise de contrôle islamiste seraient à craindre" a déclaré une des sources présentes à la conférence à Reuters. La source ajoute "Certains ne semblent même pas s'occuper de sa possible présentation (à une nouvelle élection) l'an prochain, oubliant qu'il a gazé son propre peuple".

Reuters souligne que depuis le refus américain d'intervenir début septembre, les divisions entre partenaires est allée croissante tandis que la situation prenait un tour différent en Syrie avec une reprise en main progressive par l'armée syrienne. Cette situation se compliquait encore avec la montée en puissance des groupes islamistes, les divisions de l'opposition syrienne et les exactions commises dans les deux camps. La fermeté diplomatique russe à empêcher une intervention américaine et elle a également élargi le fossé entre les nations occidentales et l'opposition. Une opposition devenue disparate, poursuivant des objectifs parfois incompatibles et auprès de laquelle les différents soutiens de l'abstraite opposition initiale ont eu une attitude divergente (on signalera la relative tolérance des nations arabes pour le Front Islamique)

Certaines portions de la Syrie risquent de devenir un foyer pour le jihad mondial (comme Benghazi est devenu le point de départ des islamistes radicaux pour la Syrie...) et les occidentaux craignent plus cela qu'un acteur avec lequel ils étaient en relation depuis longtemps avant la guerre civile.

La conférence qui va s'ouvrir bientôt devait se tenir sans condition mais, probablement nourrie des discours de Kerry, Fabius, Hague et autres, l'opposition s'est montrée particulièrement ferme dans ses revendications exigeant le départ d'Assad. Un diplomate du Moyen-Orient leur reproche désormais un "manque de créativité" dans la négociation. (Difficile de corriger 2 ans d'intransigeance et de lutte acharnée en quelques semaines...).

"Concernant Genève, pour produire un arrangement acceptable pour les États-Unis et la Russie, l'opposition devrait accepter de participer à un gouvernement de transition avec une forte présence alaouite», a déclaré le diplomate. "Assad peut rester ou peut ne pas rester comme président, mais au moins, il aura des pouvoirs réduits". "Si l'opposition rejette un tel accord, ils vont en perdre beaucoup en Occident et ils auront seulement l'Arabie saoudite, la Libye et la Turquie laissés à leur côté."

Un membre de l'opposition a souligné que les États-Unis et la Russie semblaient travailler sur un projet qui préserverait une forte présence alaouite dans l'armée et la sécurité pour se protéger d'éventuelles représailles. Dans le même temps, il y aurait une incitation à une lutte unifiée contre al-Qaïda qui serait menée par l'armée en y incorporant des brigades rebelles modérées. Ce membre a également critiqué la rhétorique occidentale qui parle du départ d'Assad sans jamais évoquer le début d'une réalisation concrète. Même si Assad partait et qu'un sunnite était placé à la tête d'une autorité de transition, il n'aurait qu'un pouvoir limité si la présence alaouite reste forte sur l'appareil militaire a-t-il également souligné.

Un diplomate occidental a souligné que certaines discussions portaient sur la sélection des fonctionnaires gouvernementaux qui pourraient rester dans un gouvernement de transition (oui on en est la...) mais que rien n'était encore arrêté.

Dans sa déclaration officielle de la semaine dernière, les "Amis de Londres" ont blamé le gouvernement Assad pour la montée des islamistes (il y aurait beaucoup à en dire quand on sait qu'ils viennent d'Irak et de Benghazi pour la majorité...) mais ils ont également appelé l'opposition à respecter les "valeurs démocratiques" (terme vague s'il en est et qui révèle encore une fois une profonde méconnaissance du modèle politique et social de la région qui n'absolutise pas ainsi des valeurs abstraites). Ils ont également souligné que les islamistes étaient une menace pour la région et l'intégrité territoriale de la Syrie.

Aafak Ahmad, un ancien responsable du renseignement syrien qui dialogue avec les américains et les russes avaient posé une ligne rouge : un alaouite devra commander l'armée syrienne et l'armée syrienne devra être préservée. L'objectif est de maintenir une cohérence dans l'action d'une armée efficace. Il serait risqué au vu du contexte de restructurer l'état-major de l'armée.
La Russie ne protège pas particulièrement Assad, elle veut simplement assurer la sécurité des alaouites et la continuité de l'action actuelle de l'armée pour s'assurer un soutien suffisant de la part de la minorité alaouite qui pourrait être plus prompte à accepter un départ de certains cadres du régime. Le sort d'Assad est incertain.

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents