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Haïti : La "réplique" sociale du séisme (Bilan de la conférence du 14 janvier 2014)

Publié par Kiergaard sur 15 Janvier 2014, 13:23pm

Catégories : #Actualité économique et financière, #Sciences-Environnement

Haïti : La "réplique" sociale du séisme (Bilan de la conférence du 14 janvier 2014)

"Après la phase d’aide d’urgence aux victimes du séisme qui a touché Haïti le 12 janvier 2010, vient l’heure du bilan et de l’analyse des impacts sur la société haïtienne. Des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires haïtiens et internationaux ont dressé un état des lieux de la situation trois ans après la catastrophe. Grâce à deux enquêtes menées auprès des ménages haïtiens, l’une en 2007 et l’autre en 2012, les scientifiques ont pu comparer leurs conditions de vie pré et post-séisme. Le constat est accablant : leurs revenus ont baissé de plus de 50 %, le nombre de jeunes en âge d’étudier qui travaillent a augmenté, les inégalités sociales ont explosé… La vulnérabilité de certains ménages s’est aggravée à la suite du séisme, laissant unepopulation encore plus fragile face à de nouveaux désastres (inondations, épidémies, etc.)."

 

Dans le prolongement de cet article que j'avais rapporté sur le site il y a quelques mois.

L'étude a été présentée dans le cadre d'une conférence qui avait lieu hier au ministère de l'Économie et des Finances à Paris : "Quatre ans après le séisme en Haïti : Quel impact pour la population et quelles conséquences sur les politiques publiques ?" (communiqué de presse)

Voici l'intégralité des documents présentés à la conférence :

"Introduction sur l'impact du séisme"

"Le marché du travail : situation en 2012 et évolution depuis 2007" et sa synthèse explicative

Dans ce document plus particulièrement sont concentrés les résultats économiques sur le front de l'emploi. On lira avec attention que si la rémunération moyenne a augmenté de 4%, la rémunération médiane a chuté de 57% entre 2007 et 2012. Il y a une montée du sous-emploi : 57% des actifs occupés en 2012 ont une rémunération inférieure au salaire minimum.

"Les conditions de vie de la population en 2012"

Dans ce document on notera que 61.4% des personnes interrogées (5 000) perçoivent leurs revenus comme étant très instables. Près de la moitié des ménages se trouvent en 2012 en situation de stress financier (30% de la population doit s'endetter). Plus de la moitié de la population se déclare insatisfaite avec la santé ou l'alimentation ou l'éducation ou le logement (24.1% avec ces les quatres "besoins primaires"). "L’incidence de la pauvreté relative touche 6 ménages sur 10 et la pauvreté subjective près de 8 sur 10"

 

Un avant et un après-séisme

Dans le cadre d’un programme soutenu par l’ANR et la Banque mondiale, les chercheurs de l’Institut Haïtien de Statistique et de l’IRD ont comparé les résultats d’une enquête sur les conditions de vie des ménages après le séisme, réalisée auprès de 20 000 personnes dans tout le pays en 2012, à ceux d’une précédente enquête statistique menée en 2007. Ces enquêtes offrent deux instantanés de la situation des ménages à cinq ans d'intervalle, qui permettent de décrire l'évolution globale de la société, et plus particulièrement du marché du travail, avant et après le séisme.

En parallèle, les scientifiques ont pu mener une étude biographique, en réinterrogeant près de 600 ménages enquêtés en 2007 dans l’agglomération de Port-au-Prince. Cette démarche leur a permis de connaître leurs trajectoires individuelles et de comprendre les dynamiques de chacun : quelle a été leur mobilité professionnelle, géographique et résidentielle ? Leur foyer a-t-il connu des recompositions durant cette période, etc. ?

Bien que la dynamique observée ne puisse être attribuée uniquement au séisme – d'autres catastrophes sont survenues depuis (inondations, épidémies, etc.) – ces travaux offrent un aperçu des grandes tendances à l'œuvre en Haïti aujourd’hui.

Baisse des revenus et mise au travail contrainte

Les chercheurs dépeignent un bilan à la fois prévisible, mais aussi par certains côtés inattendu, de la situation économique en Haïti. Sans surprise, les conditions se sont grandement dégradées. Certains chiffres, comme celui de la baisse des revenus des ménages de 57 % entre 2007 et 2012, sont éloquents. De manière moins évidente en apparence, d’autres indicateurs révèlent également cette dégradation : ainsi, la baisse du chômage de 17 à 14 %, l’augmentation exceptionnelle du taux d’activité de près de 10 % et le retour à l’agriculture comme moyen de subsistance (de 38 % des actifs en 2007 à 47 % en 2012) cachent une fragilisation de la société. En effet, la réduction du chômage traduit le fait que les Haïtiens sont contraints d’accepter des emplois qui ne correspondent pas à leur niveau d'éducation ou à leurs aspirations. De même, la montée du taux d’activité, observée en particulier chez les jeunes, reflète l’augmentation du nombre de jeunes qui, dès l’âge de 10 ans, renoncent à l’école ou à des études supérieures pour travailler et contribuer aux revenus de la famille.

L’aide internationale mal ciblée

L’aide internationale s’est majoritairement concentrée sur l’agglomération de Port-au-Prince et sur les populations des camps. Or, les campagnes et les villes de province, bien qu'éloignées de l’épicentre du séisme situé sous la capitale, ont concentré la majeure partie des victimes et des dégâts. De plus, la plupart des réfugiés ont été accueillis au sein d’autres ménages, grâce au formidable élan de solidarité des Haïtiens qui ont pris le relai des actions d’urgence de manière particulièrement active après le séisme, sans percevoir d’aide des circuits internationaux. Au final, les plus fragiles (les ruraux, les femmes, les jeunes, les Haïtiens d'origine modeste) payent le plus lourd tribut à la catastrophe et les inégalités explosent.

Un tel diagnostic apparaît comme un préalable nécessaire en vue d’améliorer les politiques publiques de gestion des désastres naturels – y compris préventives – et l’aide internationale, dont l’efficacité est aujourd’hui questionnée.

Communiqué de presse IRD

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