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Éléments sur la dernière interview de Mario Draghi : "repetita iuvant" et "signes encourageants"

Publié par Kiergaard sur 2 Janvier 2014, 13:53pm

Éléments sur la dernière interview de Mario Draghi : "repetita iuvant" et "signes encourageants"

Voici une petite synthèse de la dernière interview de Mario Draghi au journal allemand "Der Spiegel". Entre éléments de langage et petites piques.

 

 

Voici en vrac le BEST-OF de l'interview :

- Interrogé sur le fait que les allemands ressentent un malaise vis à vis de la BCE, il dénonce "l'angoisse perverse" (perverse angst - on pourrait le traduire autrement) que les choses tournent mal. Alors que les allemands craignaient une hausse de l'inflation, il souligne que l'inflation est basse
(Leçon n°1 : comment transformer un échec en un succès sur la base des angoisses perverses de certains milieux allemands...)

- Interrogé sur l'état actuel de la crise, il pointe les signes encourageants (réductions des déséquilibres dans les balances des paiements - déficits en baisse - "redressement de l'économie")
(Leçon n°2 : Faire passer le retournement du cycle d'affaires pour un redressement
Lecon n°3 : Présenter la réalisation à marche forcée et sous contrainte de certains objectifs comme des succès sans interrogation sur les conséquences sur les autres états de la zone euro)

- Interrogé sur la Grèce et sa situation catastrophie : "Le pays doit faire plus" - "Avec la Grèce nous savions que nous devrions être particulièrement patient, il n'y a pas de surprise"
(Leçon 4 : La situation est TOUJOURS sous contrôle)

- Interrogé sur la situation de la France "où le processus de réforme se ralentit" pour le journal allemand : "Beaucoup d'états ont augmenté les impôts et réduit les investissements dans un premier temps" c'est le plus simple mais cela pèse sur la croissance : "une approche plus prometteuse consiste à orienter les dépenses publiques à la baisse et à introduire des réformes structurelles sur le marché du travail")
(Leçon 5 : je parle de ce que je dis depuis des siècles comme d'une approche prometteuse qu'on viendrait de découvrir)
Réplique du quotidien allemand : "Le seul problème est que la France ne le fait pas. N'êtes-vous pas fatigué de pousser à plusieurs reprises le pays à se réformer, mais de ne rien voir arriver ?" (N'est-ce-pas lassant de ne pas être obéi ?) // Réponse de Draghi : "En latin, vous dites: "Repetita iuvant - Répéter est bénéfique". Moins il y a de changements effectués dans un pays, plus je répète mes messages. Et cela fonctionne."
(Leçon 6 : J'ai toujours raison, donc je peux me permettre de répéter sans cesse mon message jusqu'à ce qu'ils apprennent. Ce que je dis est parole d'évangile. La phrase est déclinable en version collector : "Moins les marchés montent, plus je répète que je sauverai l'euro, et cela fonctionne")

- Interrogé sur le courant qui considère que les excédents allemands posent un problème : "C'est une perspective mécaniste de l'activité économique [...]. Nous ne rendront pas les faibles plus forts en rendant la forte plus faible, comme un homme très sage l'a dit une fois. Cela vaut pour l'économie. Si l'Allemagne était moins compétitive, la zone euro dans son ensemble y perdrait, parce que moins pourrait être alors y être produit."
[Après recherche, à part Draghi (plus tôt dans l'année) et une pub pro religieuse dans un journal de 1963 je n'ai pas trouvé trace de cet homme. La citation est tronquée (cf prochain article)]
(Leçon 7 : J'invoque de fausses citations pour appuyer mes idées.
Leçon 8 : Le critique la vision mécaniste en répondant par une vision encore plus mécaniste.)

- Interrogé sur le fait que les épargnants paient pour sauver l'euro : Draghi botte en touche en affirmant que ce ne sont pas ses taux d'intérêts à court terme qui influencent les taux des compagnies d'assurance etc... mais plutôt les marchés financiers internationaux (en pointant les achats de la FED) - Il pointe que les marchés européens résistent bien à l'annonce de la FED de réduire ses achats d'actifs - Le Spiegel revient à la charge : "Actuellement, vous obtenez environ 0,8% d'intérêt par an sur un compte d'épargne en Allemagne, tandis que le taux d'inflation est de 1,3 pour cent. Pensez-vous que c'est un développement normal et sain?" (C'est un coup dans les couilles ça) et Draghi doit s'incliner : "Non ce n'est pas normal et sain, le taux d'intérêt réel devrait être positif dans des conditions normales (dans d'autres pays il est négatif), nous sommes très conscients des risques qu'une telle fragmentation entraîne" (Cf : Leçon 4) - Je cite ensuite le Japon pour rassurer sur le niveau de l'inflation et rassurer sur la politique monétaire en disant que pour le moment il n'y a pas de risque de déflation
(Leçon 9 : Je prends une comparaison non-pertinente pour justifier mes politiques (à sa décharge, cett comparaison a pu être faite par d'autres))

- S'en suit un rappel sur les qualités de l'Union Bancaire (qui peut favoriser les prêts transfrontaliers (pour remédier à l'insuffisance des prêts à l'économie) et de la future évaluation de la BCE (transparence etc...)

- Interrogé sur l'état des banques européennes : Nous le saurons après l'évaluation, mais je pense que cela va mieux en tout cas "presque toutes les banques fonctionnent de manière beaucoup plus rentable et à moindre coût."

- Interrogé sur la remplaçante potentielle de Jörg Asmussen à la BCE Sabine Lautenschläger), je me contente vaguement de saluer son travail et de dire que je serai très content d'avoir une femme au Bureau.

 

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