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Quand l'Allemagne fait de l'ingénierie financière à la "grecque" (et échoue lamentablement)

Publié par Kiergaard sur 2 Décembre 2013, 16:41pm

Catégories : #Actualité économique et financière

[Si j'utilise l'imparfait dans le titre c'est pour indiquer que ce dont je parle dans l'article est clos, pas pour signifier que l'Allemagne a cessé d'utiliser l'ingénierie fiscale pour minorer d'une manière ou d'une autre son déficit].

C'est une petite révélation que l'édition papier du Spiegel révèle ce matin (repris par l'Irish Times) : Entre 2005 et 2007, le ministère des Finances allemand aurait titrisé des engagements à sa charge relatifs à des pensions de retraite futures pour minorer son déficit public de près de 8 milliards d'euros.

Contexte :
Privatisation de fonds de pensions à la fin des années 90, l'État allemand accepte de supporter les coûts des pensions à charge pour les caisses privatisées de rembourser environ 20 milliards d'euros à échéance de 50 ans.
Cet accord est mis de côté et l'Allemagne entre dans une période où elle cherche à passer au plus vite sous le seuil des 3% de déficit public sur le PIB (au milieu des années 2000).

Faits :
Les banquiers d'investissements engagés par le ministère des Finances ont suggéré de titriser "l'actif" (constitué de la somme d'argent future que les fonds de pensions devraient in fine verser) pour le vendre. 8 milliards d'euros sont tirés de cette vente. Les banquiers touchent 83 millions d'euros pour cette "trouvaille".

Problème :
La Cour des Comptes allemande et la Commission Européenne ne se laissent pas berner et estiment que la charge reste sur le dos de l'Allemagne et dénoncent une comptabilité créative qui déplace une charge sans l'annuler et qui ne peut donc pas réduire le déficit public. L'objectif visé échoué donc.

Second "problème" :
Pour réaliser cette opération de titrisation, le ministère des finances (dirigé par Peer Steinbruck (mais également son prédécesseur) à l'époque sous l'autorité d'Angela Merkel) a mobilisé des sociétés "boîtes aux lettres" (on dira offshore) basées en Irlande (d'où la reprise par l'Irish Times). Alors même qu'aujourd'hui, l'ancien ministre des finances tancent vertement les paradis fiscaux et autres taux d'imposition bas irlandais ou néerlandais et les excès de l'ingénierie financière (hypocrisie quand tu nous tiens).

Troisième problème :
La pratique a continué malgré l'absence de diminution du déficit public, de nouvelles sociétés ont été crées en Irlande, de nouvelles obligations de pension titrisées sont venues couvrir les engagements de l'état allemand.

Problèmes en pagaille :
- Les fonds provenant de la titrisation ne couvrant pas toutes les dépenses (étant payés à l'avance), l'état allemand se retrouve à payer - seul - de forts montants non prévus.
- Les revenus tirés de ces sociétés irlandaises qui devaient servir à financer les retraites ont (pour près de 3 milliards d'euros) été investis dans des véhicules spéciaux, y compris pour la nationalisation de Dexia (de l'argent qu'on ne reverra pas)...

L'Irish Times conclut mesquin en citant Steinbruck : "Si l'Allemagne met sa solvabilité a disposition des autres, nous attendons des autres qu'ils accroissent leur base de revenus".

Conclusion :
Pour la Grèce, les banquiers ont été payés et cela a marché (avec les conséquences que l'on sait)
Pour l'Allemagne, ça n'a pas marché (avec des conséquences qu'on découvrira), mais ils ont été payés.


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