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Les éléments à prendre en compte pour traiter de la situation en Ukraine

Publié par Kiergaard sur 8 Décembre 2013, 15:24pm

Catégories : #Géopolitique-International

Genya Savilov. AFP

Genya Savilov. AFP

Mise à jour : Je renvoie également aux résultats d'un récent sondage et à cette analyse d'Alexandre Latsa (en contrepoids de la presse internationale)

Que ce soit côté russe ou côté "européen", il y a pas mal d'informations présentées avec un biais trop fort. Trop. Cela nécessite de faire le point (en vrac) sur les éléments à prendre en compte. Je livrerai mon opinion personnelle à la fin. Voici les éléments à prendre en considération.

  • Timing des déplacements et décisions du président ukrainien.
  • Timing des fuites et des rumeurs relayés dans la presse sur la conclusion d'un accord entre l'Ukraine et la Russie.
  • Présence de nationalistes dans les manifestations.
  • Contexte économique et social difficile actuellement en Ukraine.
  • Lutte interne de pouvoirs (oligarques, opposants évincés, ex alliés qui ont fait défection etc...)
  • Division très nette entre une population pro-russe et une population pro-européenne (pro est à prendre avec des nuances bien sûr).
  • Opportunité des manifestations pour l'opposition.
  • Échéance présidentielle en 2015.
  • Présence de parlementaires européens à Kiev en soutient aux manifestants dans leur volonté d'organiser une présidentielle anticipée et favorable à la conclusion d'un accord d'association avec l'UE.
  • Structuration de l'opposition (acteurs divers, structuration importante).
  • Contexte de tensions avec l'UE dès avant le refus ukrainien (ultimatum de l'UE pour que l'accord d'association ne soit signé que si Ioulia Tymochenko était libérée).
  • Rapidité de l'enchaînement des décisions.
  • Contexte géopolitique global (rapprochement avec la Russie, rapprochement avec l'Europe).
  • Contexte des difficultés financières des entreprises ukrainiennes de gaz, qui doivent compter sur des accords avec les sociétés russes pour retarder le paiement de leurs facture...

Tous ces éléments sont à prendre en compte pour analyser convenablement la situation ukrainienne, voici à présent mon avis personnel sur la question qui n'engage que moi.

- La libération de Ioulia Tymochenko a été une source de tensions depuis longtemps entre l'UE et l'Ukraine, néanmoins les discussions sur un futur accord d'association entre l'UE et l'Ukraine avançaient convenablement et l'Ukraine, par la voix de son présent, ne s'étaient jamais prononcé contre, gardant simplement la main sur le timing de la conclusion de l'accord. L'UE a fait monter la pression en liant la signature de l'accord à la libération de l'opposante Ioulia Tymochenko qui a été refusée par le Parlement ukrainien il y a 3 semaines, en toute logique c'est l'UE qui devrait refuser de signer l'accord. Il n'y a pas eu de mouvements de foule massifs lors de l'annonce du refus de libérer Tymochenko (bien que cela ait provoqué la colère de ses partisans). Il faut y voir, à mon sens, le refus de se laisser dicter l'agenda politique.
- Le timing n'était pas bon pour finaliser l'accord d'autant plus que l'Ukraine a, dans le même temps, dû gérer les difficultés de ses sociétés gazières qui doivent composer avec Gazprom pour différer le paiement de certaines factures. Gazprom a fait un geste en différent le paiement des factures au printemps quelques jours après la décision du président de repousser la conclusion de l'accord dont l'annonce de la conclusion au sommet de Vilnius avait été faite par les autorités européennes. Au final même concernant la Géorgie et la Moldavie, le sommet a été un fiasco.
- Il était particulièrement délicat pour le président ukrainien de signer cet accord alors même que ses compagnies en situation précaires négociaient avec Gazprom, il a donc décidé de différer la conclusion de l'accord sans le remettre en cause. Néanmoins, le timing de l'opération a automatiquement provoqué la colère des ukrainiens qui croyaient que l'accord allait être signé, alors qu'une habile campagne médiatique a lié cela à un rapprochement avec la Russie, plutôt qu'avec l'UE provoquant la colère des ukrainiens pro UE.
- Il n'en a pas fallu plus pour déclencher des manifestations importantes qui cristallisaient plusieurs mécontentements divers (nationalistes au même endroit que les pro-UE du fait des rumeurs, démenties, de rapprochement avec la Russie, opportunisme politique de certains opposants, contestation légitime, critique du pouvoir en place etc...)
- Le gouvernement s'est retrouvé à gérer une crise qui était presque prévisible en raison d'un mauvais timing de divers éléments face à une habile et efficace organisation de l'opposition.

- Je m'oppose personnellement à l'ingérence de certains parlementaires européens qui devaient se borner à dénoncer le timing du refus ou la non-conclusion de l'accord, et non pas aller jusqu'à soutenir l'idée d'un référendum sur le sujet ou d'appeler à des élections anticipées, ce n'est nullement leur rôle. (Pour une fois que l'UE veut d'un référendum en plus). Cet appel et la campagne médiatique en cours est du pain béni pour ceux qui veulent affaiblir la relation entre le président ukrainien et la Russie tout en rebattant les cartes pour faire bouger les rapports de force en Ukraine. Je m'oppose également à la qualification de manifestation pro-européenne pour qualifier la marche d'aujourd'hui. C'est peut être le nom donné par les organisateurs mais les manifestants ne sont surement pas tous partisans d'un rapprochement avec l'UE.

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