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Exclusif : Le départ d'Assad ne serait pas pour Genève, les plans de la "transition" se révèlent (Reuters)

Publié par Kiergaard sur 17 Décembre 2013, 20:57pm

Catégories : #Géopolitique-International

Lors de la dernière conférence des "Amis de la Syrie", les puissances occidentales ont clairement fait comprendre à l'opposition et à leurs partenaires que Bachar al-Assad ne pourrait pas quitter le pouvoir lors de la conférence de Genève au vu du contexte actuel en Syrie. Les plans de la transition en Syrie se dessinent également. C'est ce que révèle en exclusivité l'agence Reuters d'après des sources qui assistaient à la réunion.

 

Alors que la conférence de Genève 2 (qui débutera à Montreux le 22 janvier par une réunion des ministres des affaires étrangères) doit se tenir dans un mois, les puissances occidentales se sont décidées à prendre la mesure des évènements en Syrie. À Londres, il y a quelques jours, ils ont annoncé à l'opposition syrienne et à leurs différents partenaires que Bachar al-Assad ne quitterait surement pas le pouvoir à la conférence de paix. Lors d'une réunion des "Amis de la Syrie", ils ont également souligné que lui et la minorité alawouite de Syrie devraient nécessairement jouer un rôle important dans un éventuel gouvernement de transition. C'est un énorme revirement de situation, il y a deux mois les "Amis de la Syrie" avaient affirmé qu'il ne jouerait aucun rôle dans un futur gouvernement c'est un énorme revirement de situation.

"Nos amis occidentaux ont clairement dit à Londres que Assad ne peut pas être autorisé à y aller maintenant parce qu'ils pensent que le chaos ainsi qu'une prise de contrôle islamiste seraient à craindre" a déclaré une des sources présentes à la conférence à Reuters. La source ajoute "Certains ne semblent même pas s'occuper de sa possible présentation (à une nouvelle élection) l'an prochain, oubliant qu'il a gazé son propre peuple".

Reuters souligne que depuis le refus américain d'intervenir début septembre, les divisions entre partenaires est allée croissante tandis que la situation prenait un tour différent en Syrie avec une reprise en main progressive par l'armée syrienne. Cette situation se compliquait encore avec la montée en puissance des groupes islamistes, les divisions de l'opposition syrienne et les exactions commises dans les deux camps. La fermeté diplomatique russe à empêcher une intervention américaine et elle a également élargi le fossé entre les nations occidentales et l'opposition. Une opposition devenue disparate, poursuivant des objectifs parfois incompatibles et auprès de laquelle les différents soutiens de l'abstraite opposition initiale ont eu une attitude divergente (on signalera la relative tolérance des nations arabes pour le Front Islamique)

Certaines portions de la Syrie risquent de devenir un foyer pour le jihad mondial (comme Benghazi est devenu le point de départ des islamistes radicaux pour la Syrie...) et les occidentaux craignent plus cela qu'un acteur avec lequel ils étaient en relation depuis longtemps avant la guerre civile.

La conférence qui va s'ouvrir bientôt devait se tenir sans condition mais, probablement nourrie des discours de Kerry, Fabius, Hague et autres, l'opposition s'est montrée particulièrement ferme dans ses revendications exigeant le départ d'Assad. Un diplomate du Moyen-Orient leur reproche désormais un "manque de créativité" dans la négociation. (Difficile de corriger 2 ans d'intransigeance et de lutte acharnée en quelques semaines...).

"Concernant Genève, pour produire un arrangement acceptable pour les États-Unis et la Russie, l'opposition devrait accepter de participer à un gouvernement de transition avec une forte présence alaouite», a déclaré le diplomate. "Assad peut rester ou peut ne pas rester comme président, mais au moins, il aura des pouvoirs réduits". "Si l'opposition rejette un tel accord, ils vont en perdre beaucoup en Occident et ils auront seulement l'Arabie saoudite, la Libye et la Turquie laissés à leur côté."

Un membre de l'opposition a souligné que les États-Unis et la Russie semblaient travailler sur un projet qui préserverait une forte présence alaouite dans l'armée et la sécurité pour se protéger d'éventuelles représailles. Dans le même temps, il y aurait une incitation à une lutte unifiée contre al-Qaïda qui serait menée par l'armée en y incorporant des brigades rebelles modérées. Ce membre a également critiqué la rhétorique occidentale qui parle du départ d'Assad sans jamais évoquer le début d'une réalisation concrète. Même si Assad partait et qu'un sunnite était placé à la tête d'une autorité de transition, il n'aurait qu'un pouvoir limité si la présence alaouite reste forte sur l'appareil militaire a-t-il également souligné.

Un diplomate occidental a souligné que certaines discussions portaient sur la sélection des fonctionnaires gouvernementaux qui pourraient rester dans un gouvernement de transition (oui on en est la...) mais que rien n'était encore arrêté.

Dans sa déclaration officielle de la semaine dernière, les "Amis de Londres" ont blamé le gouvernement Assad pour la montée des islamistes (il y aurait beaucoup à en dire quand on sait qu'ils viennent d'Irak et de Benghazi pour la majorité...) mais ils ont également appelé l'opposition à respecter les "valeurs démocratiques" (terme vague s'il en est et qui révèle encore une fois une profonde méconnaissance du modèle politique et social de la région qui n'absolutise pas ainsi des valeurs abstraites). Ils ont également souligné que les islamistes étaient une menace pour la région et l'intégrité territoriale de la Syrie.

Aafak Ahmad, un ancien responsable du renseignement syrien qui dialogue avec les américains et les russes avaient posé une ligne rouge : un alaouite devra commander l'armée syrienne et l'armée syrienne devra être préservée. L'objectif est de maintenir une cohérence dans l'action d'une armée efficace. Il serait risqué au vu du contexte de restructurer l'état-major de l'armée.
La Russie ne protège pas particulièrement Assad, elle veut simplement assurer la sécurité des alaouites et la continuité de l'action actuelle de l'armée pour s'assurer un soutien suffisant de la part de la minorité alaouite qui pourrait être plus prompte à accepter un départ de certains cadres du régime. Le sort d'Assad est incertain.



 

Conclusion : Près de trois ans après le début de la révolte, rapidement transformée en guerre civile, la diplomatie va devoir construire à la hâte ce qui aurait du être commencé bien plus tôt. On s'abstiendra dans cette article synthétique de parler des responsabilités (en Syrie comme dans la communauté internationale). Ce que révèle Reuters peut paraître incongru, presque décalé après près de 3 ans d'information partielle sur la Syrie, après les déclarations récentes (ou moins récentes) des responsables occidentaux, après les évènements en Syrie depuis 1 000 jours. Va venir le temps des retournements de veste, du discours rhétorique qui devra sauver les apparences, qui nous fera croire que tout était sous contrôle, que les choses allaient naturellement dans cette direction. Les médias vont amplifier le mouvement, on en oubliera presque que Laurent Fabius avait déclaré qu'Assad ne devrait plus être sur terre. On peut s'attendre à un long débat sur la personne d'Assad mais ce n'est pas cela qui compte le plus. Ce qui compte, et ce qui aurait du compter depuis le début, c'était l'unité du peuple syrien. Les signes de la montée de l'islamisme radical et de la présence d'Al-Qaïda étaient la il y a longtemps. Par refus de regarder la réalité de la situation en Syrie en face, certains ont regardé la marée monter en croyant qu'ils auraient le temps de finir ce qu'ils avaient commencé avant d'être submergé. Aujourd'hui ils ont l'eau jusqu'au cou et il est clairement temps d'en finir avec cette guerre civile. Cela prendra beaucoup de temps et nous ne sommes pas à l'abri de nombreux rebondissements.

 

 

 

 

 

 

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