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L'activiste Srdja Popovic était un informateur de la firme Stratfor (analyse)

Publié par Kiergaard sur 4 Décembre 2013, 15:13pm

Catégories : #Géopolitique-International

Co-Fondateur de l'organisation politique Otpor qui forme des militants à travers le monde pour s'opposer à des pouvoirs jugés autoritaires ou non-démocratiques, Srdja Popovic est également un informateur de premier plan de la société d'intelligence et de renseignement Stratfor (dont les "fuites" organisées par le hacker Hammond sont à la base des récentes révélations de Wikileaks)

[Ne pas le confondre avec un homonyme célèbre, décédé il y a un mois]

 

  • Si l'information me paraît important c'est à double titre : tout d'abord pour permettre de mieux se représenter la toile tissées par ces sociétés de renseignement et rendre hommage à la remarquable enquête menée (lien ci-dessous). Ensuite, pour mettre en exergue (sans l'exagérer) la question de ces "organisations" exportatrices de la démocratie à l'occidentale dans de nombreux pays.
     
  1. Lors de mes propres recherches dans les câbles Wikileaks, j'étais tombé à de nombreuses reprises sur l'adresse mail : srkip@canvasopedia.org. C'est en réalité l'adresse de Srdja Popovic, l'adresse officiel d'un des mouvements qui a pris la suite d'Otpor, le CANVAS et qui est impliqué de manière directe (ou indirecte) dans de nombreux mouvements activistes ou révolutionnaires à travers le monde (je renvoie à la documentation fournie dans les articles issues de sources comme le Financial Times, Foreign Policy etc...). On comprends qu'il soit particulièrement intéressant pour une firme de renseignement d'obtenir des contacts avec une figure du type de Srdja Popovic, dont les connexions à travers le monde sont très nombreuses et qui est au coeur de nombreux mouvements activistes (violents ou non-violents à travers le monde).
    Il fallait encore faire l'analyse de ces communications avec la société de renseignement Stratfor et c'est ce qui est fait par l'article ci-dessous. Voici la liste des mails envoyés sur la base de la première adresse que j'ai mentionné (il peut y en avoir d'autres et d'autres personnes peuvent avoir été mises en contact avec Stratfor par l'intermédiaire de Popovic).
    Je renvoie à la lecture de l'article, ce qu'on apprend y est intéressant : contact avec Stratfor, contact avec le gouvernement américain, avec un ancien exécuif de Goldman Sachs - Utilisation de "Talking Points" délivré par Stratfor lors d'une interview à CNN - Informations sur de nombreux pays : "Popovic passed information to Stratfor about on-the-ground activist events in countries around the world, ranging from the Philippines,LibyaTunisiaVietnamIranAzerbaijanEgyptTibetZimbabwePoland and BelarusGeorgiaBahrainVenezuela and Malaysia." - Utilisation d'informations transmises par des groupes comme The Yes Men au profit de Stratfor (l'article fait le lien avec la surveillance du groupe découverte peu de temps après) - partage d'une quantité énorme de contacts et d'informations fournies par les contacts (parfois à leurs dépends) - Obtention d'une souscription gratuite pour lui et l'autre leader du CANVAS (Slobodan Djinovic) - Non démenti du responsable du secteur géographique Marko Papic lorsqu'un article de Reuters le décrit comme : "a serbian activist who travels the world formenting revolution" : "A Serb activist who travels the world formenting revolution? You mean my buddy Srdja? Tell him you know me next time you talk to him. We are great friends." - Financement par un ancien de Goldman Sachs, Muneer Setter très proche des républicains américains et mise en contact de celui-ci avec Stratfor - Analyse du pourquoi du choix d'une telle société - Interview d'une militante d'une Bahrein contactée par Stratfor après une rencontre avec Popovic et qui explique son ressenti sur les questions posées par la firme.

     
  2. Une petite discussion sur le rôle de ces organisations "exportatrices de la démocratie" qui prétendent ne pas organiser les révolutions mais simplement fournir des outils et des méthodes pour le changement...
    - Tout d'abord : Dans certains mails, le travail des organisations visées est qualifié sans aucune équivoque : "“They...basically go around the world trying to topple dictators and autocratic governments (ones that U.S. does not like ;),” Papic says in one email. Replying to a follow up to that email, he states, “They just go and set up shop in a country and try to bring the government down. When used properly, more powerful than an aircraft carrier battle group." // Ces organisations sont également qualifiées d'instrument du "soft power"... Ce qui n'est pas exactement ce qu'on apprend quand on étudie le "soft power" d'une manière un peu naïve.
    - Ensuite, l'assertion selon laquelle ces organisations fournissent uniquement des outils conceptuels pour assister un but organisé et prédéfini par des acteurs locaux est relativement inexacte (du moins dans le cas du Vénézuela...) : "in Venezuela's case, because of the complete disaster that the place is, because of suspicion between opposition groups and disorganization, we have to do the initial analysis. Whether they go on to next steps really depends on them, in other words depends on whether they will become aware that because of a lack of UNITY they can lose the race before it has started" (Sur le cas du Venezuela en particulier, voir notamment cet article)
    - Enfin, les connexions et le financement laissent réellement peu de doute sur la manière dont ces groupes sont plus ou moins contrôlés par des intérêts nationaux (américains notamment). Sur la base d'objectifs louables en théorie, s'ils n'étaient pas que des constructions intellectuelles générales dénuées d'une portée opérationnelle (qui est laissée à l'appréciation et aux mains d'hommes politiques et d'hommes d'affaires soucieux de leurs intérêts), ces organisations dont on nous loue directement ou indirectement les actions dans différents états du Globe aux infos ne sont que des instruments au service d'une politique. C'est sans doute le prix à payer pour qu'un mouvement parvienne à ses fins... Cela n'en reste pas moins inquiétant dans une certaine mesure.

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