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Genève II : Fissures chez les soutiens de la rébellion et doutes sur la conférence

Publié par Kiergaard sur 14 Décembre 2013, 23:24pm

Catégories : #Géopolitique-International

Genève II : Fissures chez les soutiens de la rébellion et doutes sur la conférence

Alors que la conférence de Genève II approche, les doutes ont rarement été aussi élevées concernant sa tenue et ses résultats. Dans le même temps, des tensions apparaissent entre soutiens de la rébellion.

 

Deux informations récentes justifient à elles-seules le titre de l'article :

  1. Lors du dîner de gala de la World Policy Conference qui se tient à Monaco avec le gratin de l'élite mondiale, le ministre des Affaires Étrangères Laurent Fabius s'est exprimé sur divers sujets et, pour ce qui nous intéresse ici, sur la Syrie. Il a ainsi déclaré être "pessimiste" sur la situation en Syrie. "Sur la Syrie, je suis malheureusement très pessimiste [...] Nous travaillons sur le succès de la conférence mais nous pouvons avoir beaucoup de doutes sur cela". À propos des rebelles "modérés" (ASL et CNS) il a déclaré qu'ils étaient en "grande difficulté"
  2. Dans le même temps, le prince Turki bin Faisal, ancien directeur du renseignement saoudien et ancien ambassadeur aux États-Unis, a eu des mots durs quant au soutien que les États-Unis et le Royaume-Uni ont réellement apporté aux rebelles. En substance, la situation actuelle s'explique par le manque de soutien de ces deux états aux rebelles malgré leurs déclarations. C'est ce qu'il a déclaré en marge de la World Policy Conference. Plus inquiétant quand il déclare : "That to me is why the FSA is in not as prominent position as it should be today, because of the lack of international support for it. The fighting is going to continue and the killing is going to continue". Il a ensuite évidemment mis la responsabilité de l'ensemble de la situation sur le gouvernement syrien et on peut imaginer une position intransigeante à Genève (Reuters)
     

Rapidement les autres informations de la journée écoulée :
- L'Iran qui s'aligne sur la position du négociateur Brahimi en estimant qu'il ne doit pas y avoir de préconditions pour la tenue de la conférence.
- Les États-Unis qui discutent avec des représentants du Front-Islamique (voir cet
article)

- Bien que la ligne fixée par les dirigeants soit que le Front Islamique combatte à la fois Assad et Al-Qaïda, un religieux saoudien influent en Syrie appelle les membres du Front-Islamique a coopérer avec Al-Qaïda (Long War Journal)

- Un commandant de la brigade Suqur al-Sham (membre du Front Islamique) retrouvé mort de froid en Syrie (étrange sachant que nous n'avons pas son identité pour l'instant, il devait être important quand on sait que l'ancien dirigeant de cette brigade avait été nommé à la tête du Front Islamique)
- Le froid évidemment qui rend la situation encore plus catastrophique, mais qui ne suffit pas à arrêter les combats.
- À Damas, le gouvernement tâcherait de repousser certains combattants qui avaient lancés une offensive (pour un compte rendu de la situation globale sur le terrain voir cet
article (pas nécessairement neutre mais identifiant précisément les zones de combat)
- Un énorme contrat conclu entre l'Arabie Saoudite et les États-Unis pour des missiles anti-tank fait suggérer à certains analystes que de nombreux missiles anti-tank pourraient être livrés par les saoudiens aux rebelles syriens
(South China Morning Post)


Conclusion : Qui armer ? Quels interlocuteurs pertinents ? Sur qui exercer des pressions pour arriver à la conférence de Genève II ? Quelle situation sur le terrain ? Quels rapports de force ? Quels objectifs réels pour la conférence ? Quelles réalisations envisageables ? À qui faire confiance ? Comment sécuriser l'aide militaire ? À qui arrive-t-elle ? Les saoudiens arment-t-ils uniquement des rebelles modérés ? Quelles conséquences aura la suspension de l'assistance américaine et britannique ? Quelles conséquences humaines aura la vague de froid sans précédent dans la région ? Bien malin qui peut répondre à ces questions.
En attendant, la diplomatie impose de se tenir prêt, de réagir tout en prétendant garder la main. Être cohérent avec sa ligne antérieure tout en tenant compte des récents évènements impliquera-t-il de revoir les exigences concernant le départ d'Assad alors que la conférence doit débuter sans préconditions ? Quelles positions pour les acteurs ? Qui y aura-t-il à cette conférence ? Est-ce-qu'on peut raisonnablement faire cesser les combats alors que la souveraineté n'est plus exercée de la même manière partout en Syrie ?

Le prochain mois sera déterminant mais, à titre personnel, je pense que la situation en Syrie est terriblement compromise quant à un règlement ordonné de la situation et à la fin des violences.

 

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