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UNRWA - UNDP - SCPR : Rapport de suivi socioéconomique de la crise en Syrie (Synthèse)

Publié par Kiergaard sur 8 Novembre 2013, 17:10pm

Catégories : #Géopolitique-International

The United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East (UNRWA), en partenariat avec The United Nations Development Programme et le Syrian Center for Policy Research avec un important support de l'Union Européenne a publié le second volet d'une série de rapports de suivi socioéconomique trimestriels sur la crise en Syrie.

  • Ce rapport couvre la période d'avril à juin tandis que le premier rapport couvrait la période de janvier à mars. A côté du blabla diplomatique il est important de mesurer les conséquences de cette "révolte" qui a vite dégénéré en guerre civile. Derrière les déclarations officielles qui cherchent à poursuivre des objectifs stratégiques distants ou à discréditer l'adversaire, il y a une réalité. Cette réalité doit être imputée à tous les acteurs de ce conflit (directs et indirects).
     
  • Voici quelques points clés du second rapport
    1° Sur le plan social :
    - Si le rythme de déplacement de la population continue ainsi, la population syrienne constituera la plus importante population réfugiée au monde avant la fin 2013 (nous y sommes...)
    - Au premier semestre, la population de la Syrie aurait diminué de 8% tandis que plus d'1/3 de la population est déplacée (fuite, émigration ou déplacement interne).
    - La moitié de la population vit désormais au dessous du seuil du pauvreté, le rapport souligne que "la population a épuisé ses stratégies d'adaptation".
    - Le taux de chômage atteint désormais près de 50%, plus de 2 millions d'emplois ont été perdus mettant en danger près de 10 millions de personnes.
    - L'indice de développement humain syrien a perdu plus de 20% depuis 2011.
    - Les destructions et les combats provoque un "désastre silencieux" dans l'éducation. Près de la moitié des enfants syriens ne seraient plus instruits.
    - Le système de santé est totalement détruit, il n'y aurait plus qu'un médecin pour 4000 habitants (contre 600 avant le début de la guerre civile), de nombreux hôpitaux ont été détruits.
    - Plus de 100 000 personnes ont perdu la vie en Syrie, plus de 400 000 personnes ont été blessées ou mutilées sur fond d'exactions et de non-respect des droits humains les plus élémentaires.

    2° Sur le plan économique :
    - Le pays connaît une profonde désindustrialisation sur fond de faillites et de destructions d'usines. L'économie syrienne a perdu 103.1 milliards de dollars depuis mars 2011.
    - La moitié de cette sommes est liées à des destructions de capital fixe qui devra être reconstruit d'une manière où d'une autre quand la Syrie en aura fini avec ce conflit.
    - Le PIB s'est effondré de près de 50 milliards de dollars depuis mars 2011, au second trimestre 2012 il s'est effondré de 39% par rapport au second trimestre de 2012.
    - Les destructions industrielles et les problèmes dans le secteur des services modifient profondément la structure du PIB syrien qui voit la part de l'agriculture passer au dessus de 50% au second trimestre (dopé par la saison des récoltes).
    - L'investissement privé est en chute, l'investissement public également (vampirisé par les dépenses militaires et de consommation courante).
    - La nécessité d'accroître les emprunts extérieurs a fait monter la dette syrienne a 73% du PIB (ne pas oublier la variation du PIB)
    - La consommation privée a reculée de 40% au trimestre 1 et de 47% au trimestre 2 (par rapport à l'année précédente) signe de la situation catastrophique des ménages syriens...
    - L'économie formelle a implosé, laissant la place à une économie informelle de rentes et de pillages qui sera très difficile à contrer dans une Syrie post-guerre civile...
     

Le rapport se termine ainsi :
"The armed-conflict has created a humanitarian calamity of startling proportions. Today, Syrians fleeing the conflict are the most rapidly growing refugee population worldwide. If local, regional and international actors are to act in the interests of the Syrian people then they must exert their full political and diplomatic leverage to end hostilities and create a credible negotiation process that can stop the dissolution of the country and bring hope to its entire people."

Voilà... nous en sommes ici à présent. Tandis que les officiels pensent stratégie, géopolitique, rapport de forces etc... La Syrie est maintenant un pays exsangue, son système éducatif et de santé sont amputés, sa base économique détruite, son endettement explose, la population est déracinée. Est-ce que certains vont crier victoire quand leurs objectifs seront atteints ? J'espère qu'ils n'auront pas cette indécence.

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