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Rapport du Conseil de Stabilité Financière sur le système bancaire parallèle (synthèse)

Publié par Kiergaard sur 16 Novembre 2013, 11:52am

Catégories : #Actualité économique et financière

Le Financial Stability Board (ou Conseil de Stabilité Financière) a publié avant-hier son rapport sur le shadow-banking (ou système bancaire parallèle) et plusieurs informations méritent d'être relevées.

Introduction :

Tout d'abord quelques éléments de contexte :
- Le Financial Stability Board (site internet) est un groupement économique international qui a pris le relai du Financial Stability Forum en 2009. Début 2013, conformément aux souhaits des membres du G20, il est devenu une association de droit suisse ce qui permet de le péréniser.

- Il est composé d'institutions nationales (en général la banque centrale, le ministère des finances, et l'autorité des marchés financiers), d'institutions financières internationales ou régionales (FMI, Banque Mondiale, OCDE, BRI, BCE, Commission Européenne) et de normalisateurs techniques internationaux (Comité de Bâle, Association internationale des contrôleurs d’assurance, Comité sur le système financier mondial, Comité des paiements et de règlement, Comité international de normalisation comptable, Organisation internationale des commissions de valeurs. 

- Ses missions qui sont détaillées sur le site du Trésor Français sont les suivantes : "

  • Déterminer les vulnérabilités du système financier mondial et identifier et évaluer les régulations à mettre en œuvre pour les prévenir ;
  • Promouvoir la mise en œuvre et s’assurer du respect des standards internationaux en matière de régulation financière ;
  • Favoriser la coordination et la cohérence des activités des normalisateurs techniques internationaux pour éviter les recoupements de compétences et les lacunes dans les domaines prudentiel, de la régulation des marchés, de la prévention du risque systémique, de la protection des investisseurs et des consommateurs, du renforcement des infrastructures de marché, de l'évolution des normes comptables.

Dans la mesure nécessaire au comblement des lacunes qui mettent en danger la stabilité financière, le CSF développe ou coordonne le développement de standards et de principes, en collaboration avec les normalisateurs techniques internationaux (banque, assurance, marchés financiers, normes comptables, …), dans les domaines qui ne relèvent pas de l’un d’entre eux ou qui ont des implications dans plusieurs secteurs financiers"

- Je renvoie à la page sur le site du Trésor (ou au site officiel) pour d'autres informations notamment sur son organisation.
- Le Conseil agit donc en publiant de nombreux rapports relatifs à la stabilité financière. Dernièrement il a publié une actualisation de sa liste des banques systémiques mondiales (rapport + article). Ce n'est pas ce rapport qui va nous intéresser aujourd'hui.

 

"Global Shadow Banking Monitoring Report 2013"

Le rapport

  • L'objectif du rapport est de suivre l'évolution du shadow-banking. Les canaux non-bancaires de crédit peuvent être facteurs de risque systémique quand ils sont structurés pour agir comme des banques (en utilisant la "leviérisation" ou la transformation des échéances). (Cf : cette petite fiche du FMI sur les enjeux de la finance parallèle) ou quand l'interconnexion avec le secteur bancaire est trop forte.
     
  • Le Conseil souhaite notamment tenir à jour une vision d'ensemble des intermédiaires financiers non-bancaires (ou de l'intermédiation financière non-bancaire) : du système bancaire parallèle en somme. Le rapport s'intéresse principalement à la taille et à la croissance du secteur bancaire parallèle, aux tendances dans ses "sous-secteurs", à une analyse croisée par juridictions (25 juridictions (+ la zone euro envisagée dans son ensemble)), ainsi qu'à l'interconnexion avec le système bancaire. 
     
  • Cette année le rapport examine 2 éléments nouveaux :

1° Tout d'abord une approche dans un sens plus étroit en excluant certains éléments qui n'ont pas à voir avec l'intermédiation financière (fonds de placement en action) mais également "titrisation auto-détenue" ou "titrisation interne" (self-securitisation) sur lequel nous insisterons plus particulièrement !
2° Les tendances nouvelles et émergentes du système bancaire parallèle (prêts directs d'institutions non-bancaires (compagnies d'assurances, fonds de pensions, fonds de capital investissement)
 

  • Les annexes présentent la méthode d'analyse, des études de cas, "la croissance du secteur non-bancaire dans les prêts directs et les marchés de la dette privé" (nouvelles tendances), puis le partage des actifs financiers totaux par juridiction (entre les banques, les fonds d'assurance et de pensions, la banque centrale, les institutions financières publiques (pour certains pays seulement) et les "autres intermédiaires financiers".

     
  • Les principaux éléments du rapport sont les suivants :
    - En se basant sur le montant des actifs financiers détenus par les "autres intermédiaires financiers" (Others Financials Intermediaries (OFIs), l'intermédiation financière a augmenté de 5 000 milliards de dollars (5 trillions en échelle anglosaxonne) pour atteindre 71 000 milliards de dollars. C'est une estimation conservatrice du shadow-banking, "qui peut également être rétrécie" (c'est le seul chiffre dont on entendra parler dans la presse générale).
    - De manière générale en comptant tous les pays, les actifs des OFIs représentent 24% des actifs financiers environ la moitié de ce que détient le système bancaire et 117% du PIB. [Il faut souligner que la structure de la détention des actifs financiers est très particulière aux USA (page 46) dans la mesure où les OFIs détiennent un peu moins de 40% des actifs financiers totaux]
    - La croissance des actifs détenus par les OFIs (+8.1% en 2012) est liée en partie par la hausse des marchés financiers (contrebalancées par la réduction des bilans des banques pour les actifs détenus par les banques) mais aussi par la croissance énorme des actifs détenus par les OFIs en Chine (+42% : ce qui ne signifie pas forcément grand chose au vu du laboratoire financier que constitue la Chine en ce moment, mais qu'il faut surveiller...)
    - La croissance de la détention d'actifs financiers par les OFIs est ainsi beaucoup plus forte cette année dans tous les marchés émergents (supérieur à 20% dans 4 pays), mais "à partir d'une base relativement faible"
    - Parmi les sous-secteurs des OFIs la croissance est inégale : fonds d'investissement immobiliers et fonds immobiliers (+30%) autres fonds d'investissements (+16%) et hedge funds (+11%). Concernant les hedges funds, le Conseil de Stabilité Financière souligne la croissance ne peut être précisément estimée du fait que la taille du secteur des hedge funds est considérablement sous-estimée malgré de nouvelles données sur sa taille (mais pas sur sa croissance) (source "Report on the second IOSCO hedge fund survey" octobre 2013 // notamment la conclusion page 25)
    - L'incorporation de données plus précises pour circonscrire le champ du shadow banking conduit à une réduction de la taille de celui-ci de près de 20 000 milliards pour les juridictions qui ont fourni les données (on verra que cela expose également une énorme faille de celui-ci).
    - L'interconnexion avec le système bancaire est stable, mais le Conseil souligne que cette conclusion n'est pas relevante, n'ayant pu obtenir de données auprès de certaines grandes juridictions (Chine, Allemagne, France, États-Unis, Japon, Corée du Sud, Afrique du Sud, Russie : effectivement...).
     
  • Parmi les prochaines étapes, le Conseil souhaite que les données soient mieux transmises, que les divergences de classement de certaines catégories d'acteurs ou d'actifs soient lissées pour permettre de meilleures estimations (notamment concernant les fonds de placement immobiliers), elle encourage la lecture du rapport sur les hedges funds (ci-dessus) de l'IOSCO : "International Organisation of Securities Commissions"
     
  • Le Conseil souligne que son appréciation du risque financier systémique peut être largement amputé par l'absence d'estimation des liens avec les systèmes bancaires parallèles étrangers (les entités basés dans les paradis fiscaux) : "Risks to financial systems arising from the links with foreign shadow banking systems (and in particular shadow banking entities in off-shore centres) are currently not captured in the FSB global monitoring, which creates a potentially large gap." (!!!!!!)
     

 

Étant donné que je suis lancé, je vais tâcher de synthétiser le rapport (hors annexes).

I- Méthodologie :

 

Je me permets de renvoyer au rapport, d'illustrer simplement avec une image extraite du rapport et de faire une remarque :

 

 

Rapport du Conseil de Stabilité Financière sur le système bancaire parallèle (synthèse)

La remarque tient au fait suivant relevé dans le rapport : c'est seulement cette année que le Conseil a les moyens et les données pour s'intéresser à la seconde étape. Estimer vraiment au risque posé par le secteur bancaire parallèle en évaluant de manière plus précise ce qui est à risque. Ce qu'il va faire dans la section 5 du rapport ouvre également de nouveaux éléments d'analyse.


II- Aperçu du "macro-mapping"
 

  • Rien de très nouveau par rapport à ce que j'ai exposé dans les "éléments-clés". Ce qui est exposé constitue en la synthèse des 3 graphiques suivants :
Rapport du Conseil de Stabilité Financière sur le système bancaire parallèle (synthèse)
Rapport du Conseil de Stabilité Financière sur le système bancaire parallèle (synthèse)
Rapport du Conseil de Stabilité Financière sur le système bancaire parallèle (synthèse)

Ceci est une "estimation conservatrice" du système bancaire parallèle global, basé sur la détention d'actifs financiers par les OFIs (rappel : Other Financials Institutions). Le CSF rappelle alors que bien qu'ayant lancé une analyse plus fine en section 5, son estimation du risque systémique est faussée par le fait que les entités basées dans des centres offshore ne sont pas prises en compte (avec des nuances)


II- Analyse par juridictions.

 

Celle si se décline entre la structure des systèmes financiers, les tendances croissantes de l'intermédiation non-bancaire à travers les juridictions.

1° Concernant la structure des systèmes financiers, le schéma pertinent est celui-ci :
 

Rapport du Conseil de Stabilité Financière sur le système bancaire parallèle (synthèse)

Le Conseil relève notamment que : "Three jurisdictions (the Netherlands, the UK, and Switzerland) featured non-bank financial systems that are more than twice as large as their respective GDP. These jurisdictions also have relatively large banking systems relative to their GDP. Part of this concentration is attributable to these jurisdictions’ role as financial centres or hosts to financial activities carried out by foreign-owned institutions."
Il appelle également les autorités nationales à s'intéresser de plus près aux tendances croissantes dans l'intermédiation financière en dehors du secteur bancaire pour déceler en amont des éventuelles déstabilisations.

2° Il y a une grande hétérogénéité dans la croissance de l'intermédiation non-bancaire par juridictions. Néanmoins la croissance est la règle, hors Royaume-Uni (dont l'analyse est rendue délicate par le poids du offshore) Espagne et Italie (importance de ces 2 pays).
Voici le graphique pertinent :

Rapport du Conseil de Stabilité Financière sur le système bancaire parallèle (synthèse)

"The 10 countries with the highest growth rates were emerging markets, four of them with growth rates above 20% (China, Argentina, India, and South Africa)." C'est bien une tendance de fond.


III- La composition de l'intermédiation financière non-bancaire.

1° La répartition de l'intermédiation bancaire par sous-secteurs fin 2012

Le graphique pertinent est le suivant : Attention à la note selon laquelle, en comptant les données du rapport IOSCO, la part des hedge funds monte à 3% (contre 0.2% dans cette estimation, ce qui donne une idée de ce qu'a mis en lumière le rapport IOSCO).
 

Rapport du Conseil de Stabilité Financière sur le système bancaire parallèle (synthèse)

Voici la décomposition exacte :
- Les "autres fonds d'investissement" qui se décomposent en 1° fonds de capital investissement ; 2° fonds de titres à revenu fixe ; 3° autres fonds.
- Les brokers-dealers (notamment au Royaume-Uni, aux USA et au Canada), c'est à dire les courtiers-négociants
- Les véhicules financiers structurés multi-émetteurs (structured finance vehicles) (États-Unis et Royaume-Uni notamment encore).
- Les sociétés financières et les fonds du marché monétaire.
- Les hedge funds.
- Des entités financières spécifiques à certaines juridictions : "Dutch Special Financial Institutions (SFIs) US funding corporations, and US financial holding companies" qui pèsent respectivement 5% - 4% et 7% du total)

2° Les récentes tendances par sous-secteurs :

"Structured finance vehicles and finance companies contracted by 9.9% and 0.6% during 2012, respectively. Other OFI sub-sectors, including MMFs (+1.8%), US funding corporations (+1.5%), Dutch SFIs (+1.6%), and Broker-Dealers (+3.7%) were broadly stable. However, some OFI sub-sectors experienced rapid growth in 2012: other trust companies grew by 50% [tiré par les émergents], real estate investment funds and trust by 30%, [estimation complexe] US financial holding companies by 29% [liés à des reclassements plutôt qu'à une hausse d'actifs], other investment funds by 16% and hedge funds by 11%."

Rapport du Conseil de Stabilité Financière sur le système bancaire parallèle (synthèse)

IV- Affinement

 

(Section 5 du rapport) Celui-ci est réalisé en ôtant la titrisation auto-détenue (ou interne), en optimisant l'estimation de l'implication dans l'intermédiation de crédit (cf : méthodologie) de divers fonds et la prise en compte de certains actifs financiers prudentiellement consolidés à travers le groupe bancaire auquel le fonds  appartient. L'affinement est au total de 20 000 milliards (1.2 pour la "self-securitisation" ; 9.2 pour la seconde catégorie et 9.7 pour la troisième).

Nous reviendrons sur la self-securitisation ultérieurement.

 

Rapport du Conseil de Stabilité Financière sur le système bancaire parallèle (synthèse)

Cet affinage appliqué par pays aboutit à une estimation actualisée de la croissance du shadow-banking par juridiction :

Rapport du Conseil de Stabilité Financière sur le système bancaire parallèle (synthèse)

V- Estimation de l'interconnexion entre les banques et les entités financières non bancaires.

Cette estimation est réalisée de manière imparfaite car les données sont manquantes pour les plus grandes juridictions, néanmoins, nous avons un aperçu synthétique de la manière dont l'interdépendance est utilisée pour apprécier le risque (qui sera développé dans des rapports ultérieurs malheureusement). Ce risque étant double : credit risk et funding risk et touchant les deux acteurs (banque et acteur non-bancaire).

Le Brésil, l'Inde, l'Arabie Saoudite et l'Indonésie sont les plus touchés (selon ces modes de calcul) par les divers risques identifiés du fait de l'interdépendance des banques au shadow banking et inversement dans la chaîne d'intermédiation bancaire.
[P.S : Les données des plus grands pays sont manquantes].
 

Rapport du Conseil de Stabilité Financière sur le système bancaire parallèle (synthèse)

Conclusion : Le rapport vaut ce qu'il vaut, mais il permet d'obtenir des données actualisées bien qu'on sente un manque de coopération des juridictions sur certains points et un manque de moyens du FSB. On ne peut pas tirer de réelles conclusions sur le shadow banking (ses risques réels en tout cas), à la lecture de ce rapport, néanmoins il peut fournir des informations très intéressantes sur la structure des systèmes financiers et les tendances de l'innovation et de l'ingénierie financière.

C'est exactement le cas avec les développements relatifs à la "self-securitisation" (que je vais développer dans un second article car je pense que cela mérite un article).

 



 

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