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Le bon sens et les fausses évidences, paradoxes et contradictions

Publié par Kiergaard sur 4 Novembre 2013, 22:17pm

Catégories : #Politique, #Philosophie

Le bon sens et les fausses évidences, paradoxes et contradictions

[Édit : En cherchant une image d'illustration, je suis tombé sur un ouvrage écrit par un homme de lettres du début du siècle : Franc-Nohain dont je recommande la lecture du "Guide du bon sens" (disponible et téléchargeable sur Gallica)
En gardant à l'esprit le contexte et l'époque de rédaction !!! ]


Un petit billet général sur quelques réflexions qui me sont bêtement venues...

  • Quand on observe la définition générale du "bon sens" (à supposer que cela existe réellement sous sa forme générique) on retient ceci : le bon sens est la "capacité de discerner clairement ce qui est évident, sans en être distrait par d’autres considérations.". On parle ici d'une capacité à "discerner", non à construire ce qui est évident. Bien qu'on parle ici de capacité, il ne faut pas croire que le bon sens puisse être à la base de tout, il doit faire office de "conscience", de "petite voix" face aux évènements, pour éviter qu'ils ne dégénèrent ou pour permettre de prendre du recul...
  • J'ai le sentiment que ce qu'on appelle ici, le "bon sens" a été totalement dénaturé et que la définition qui en est donnée à travers les concepts de "chacun sait" etc... relève plutôt d'une absolutisation, d'une systématisation de certaines considérations qualifiées d'évidentes et d'une annihilation complète de la faculté de discerner.
  • Heureusement (ou malheureusement de part les conséquences que cela engendre), cette nouvelle conception ne va pas sans son lot de contradictions, de paradoxes et de fausses évidences qui me conduisent presque à douter que l'être humain puisse faire preuve de bon sens dans les structures sociales qu'il a lui même créées. Voici quelques exemples qui m'apparaissent révélateurs dans divers domaines.

- Il semble que dans le cadre actuel, la réponse aux questions complexes posées par la complexité inhérentes à nos choix soit de faire des choix permettant à la fois de traiter cette complexité tout en menant à des choses encore plus complexes...
- Les stratégies de communication actuelles font qu'il est possible pour de mêmes faits de critiquer une méthode de communication tout en utilisant ces mêmes méthodes rhétoriques pour défendre ses arguments.
- Cela ne gêne personne de faire le raisonnement suivant : (c'est le raisonnement qui est critiqué, j'ai pris l'exemple de l'Allemagne car il me paraissait parlant et pour pointer les paradoxes)
"Dans une Europe vouée à être collaborative, l'Allemagne est un bon élève pour avoir fait des réformes avant les autres, même si elle l'a fait à cette époque contre les autres". Cela équivaut à dire qu'un pays membre d'une "union" est fondé à agir seul pour obtenir de "meilleurs résultats" que les autres parce que nous sommes dans une "guerre économique" (on dira "concurrence"...). Comment peut-on être le bon élève d'un modèle d'union en se basant sur des résultats obtenus sur un plan personnel ! Comment peut-on qualifier de bon-élève d'une union en usant de méthodes égoïstes ? (Mais pourtant c'est juste l'intégralité actuelle du débat...).
- Cela ne gêne personne de continuer à s'interroger le plus sérieusement du monde sur le pourquoi du "retard" (objectif sur certains sujets, construit sur le raisonnement d'ensemble) d'une Europe constituée de plus d'une vingtaine d'entités. Celle-ci n'a de parole propre que dans la mesure où personne (d'assez imposant, ou non sur certains sujets) ne s'y oppose, ce qui requiert un travail monumental de recherche d'un consensus mou qui satisfasse tout le monde à chaque instant et qui rend impossible un traitement d'une situation d'urgence où les entités qui composent l'Europe ont une vision différente de celle-ci. Toutefois, elle dispose d'un cadre juridique incroyablement complexe qui tend à infuser dans les différents états sans remédier en rien à cette faiblesse intrinsèque et congénitale de la recherche d'un consensus (par nature éphémère et portant sur des domaines limités, pendant des périodes limitées par les jeux politiques).
- Cette situation n'empêche pas les autorités qui sont totalement dans le jeu "européen" de s'être construit des évidences totalement absolutisées qui n'entraînent comme débats que des encouragements polis et des auto-congratulations permanentes.
- Alors que le concept de "transparence" est à la mode, ça ne gêne pas certains de commencer par souhaiter le transfert d'un pouvoir étatique suicidé par (1° ses propres choix // 2° La transparence induite par l'explosion des moyens de communication...) vers une couche moins transparence (transnationale à tous les niveaux), censés mieux gérer les affaires.
- Si on en vient aux conséquences de la "globalisation économique", et sans se prononcer au fond sur celle-ci, cela ne gêne pas certains de considérer que c'est la structure économique du globe qui doit conditionner la structuration institutionnelle de celui-ci (multipolarité car globalisation - gouvernance internationale car mondialisation...) tout en n'abandonnant pas l'idée du politico-juridique sur l'économique... La seule justification valable à ce que l'Europe soit poussé vers un fédéralisme est parce que sa situation économique fondées sur des indicateurs constitués de simples agrégats devraient (dans la configuration actuelle) la pousser à s'aligner sur la structuration et sur la "taille" des blocs actuels (Chine - USA (en gros...)). Il n'y a aucune autre raison... Qu'on ne nous vende pas le mythe de la paix etc... Ce n'est pas la source, c'est un objectif subsidiaire désirable. La source est encore dans la compétition économique, qui pousse des états à faire ce qu'ils refuseraient totalement de faire dans le cas contraire : une quasi fusion de fait heurtant le patriotisme au sens le plus classique du terme.
- Je passe sur les évidences du style : 2 lignes pour parler de la mort de dizaines de personnes // Un buzz planétaire pour un chat avec des collants (Honte à vous, si vous vous dites : "zut il n'a pas mis la vidéo" =D) ...
[...]

  • Les "autres considérations" de la définition initiale sont allées en décuplant avec la complexification de nos sociétés. La mise en relation d'acteurs toujours plus nombreux à travers des moyens toujours plus connectés et rapides à induit une distorsion du temps où le temps d'observation nécessaire au discernement n'a plus sa place. Sont laissées libres toutes les contradictions, paradoxes et faiblesses humaines qui conduisent à ce que soient absolutisées les "considérations" des personnes placées aux responsabilités sans que personne ne puisse plus désormais avoir le recul nécessaire pour discerner certaines évidences libérées de celles-ci... Nous vivons dans un monde majoritairement basé sur la systématisation de certaines considérations construites, considérées à tort comme des évidences, sur lesquelles nous débattons comme si nous débattions des évidences mêmes, alors que l'évidence doit se chercher au delà. Mais est-ce seulement possible ?

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