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Genève 2 : Chronique d'un échec (ou d'un semi-échec) annoncé

Publié par Kiergaard sur 17 Novembre 2013, 11:32am

Catégories : #Géopolitique-International

Genève 2 : Chronique d'un échec (ou d'un semi-échec) annoncé

Alors que les préparatifs pour la conférence internationale Genève 2 s'accélèrent (la date du 12 décembre revient avec insistance), voici pour l'instant où en est la position des différents acteurs.

  • L'opposition syrienne (envisagée au sens large) a, après avoir cherché le soutien auprès des unités combattantes, accepté le principe de la conférence sous condition de la mise en place d'institutions et d'un gouvernement de transition et du départ de Bachar al-Assad, qui ne devra jouer aucun rôle. Ils sont en cela légitimité et soutenu par la position des "Amis de la Syrie" (je ne vois pas ce qu'il y a d'amical là-dedans mais soit..., la construction d'une rhétorique destinée à laisser le rôle d'ennemis aux autres est assez habile, bien que grossière).
  • Le gouvernement syrien refuse logiquement ces exigences (source) : "Les conditions que pose l'opposition à sa participation à la conférence de paix sur la Syrie, dite Genève-2, en réclamant notamment le départ du président Bachar el-Assad, sont irréalistes, a déclaré jeudi le ministre syrien de l'Information, Omrane al-Zohbi, cité par les médias nationaux. [...] M.al-Zohbi a fait remarquer auparavant que la future conférence de Genève devrait être un processus de règlement politique du conflit syrien et non une manœuvre de changement de régime.". Soutenu et légitimé en ce sens par ses alliés russes (Lavrov a déclaré qu'éjecter Assad du pouvoir était "irréaliste").
  • Cette situation totalement bloquée laisse évidemment place à un scepticisme très fort. Du côté de l'opposition d'une part (source) qui ne voit aucune des "préconditions de succès" de la conférence remplies. Du côté des états du Golfe d'autre part (source)
  • Les États-Unis et la Russie jouent à travailler leur influence avant cette conférence pour apparaître en position de force. Les États-Unis et les occidentaux en général en travaillant leur rhétorique, tout en incitant l'opposition syrienne à arriver la plus unie possible pour la conférence. Mais également en travaillant la posture dans les dossiers annexes (Iran et négociations israélo-palestiniennes). De son côté, la Russie met à profit son expertise régionale, tâche d'apparaître comme le leader du consensus éclairé, l'artisan d'une "realdiplomatie" qui tiendrait compte de la situation sur le terrain et de la structure religieuse et sociale de la région. À ce titre on citera les déclarations de Lavrov qui appelle à réunir toutes les composantes de l'Islam à la réunion (source), qui appelle à ne pas imposer de valeurs dans le monde arabe (source). La Russie ne veut également pas s'enfermer dans le rôle de soutien du gouvernement syrien en rappelant son rôle auprès des rebelles et en mettant la pression sur les occidentaux en offrant son "aide" pour les faire venir à la réunion (source + source).
  • La bonne volonté affichée du gouvernement syrien dans la gestion du démantèlement de son arsenal chimique et la situation sur le terrain plaide en sa faveur avant la conférence. D'après Reuters, c'est l'armée syrienne qui se bat pour le contrôle des voies de communication permettant le transfert des armes chimiques. Il s'en faudrait de peu pour que l'opposition passe pour tellement divisée qu'elle ne peut pas permettre que cela se passe bien (source). Néanmoins, la position des pays occidentaux est inflexible depuis le début du conflit, et leur volonté de débarrasser la Syrie de Bachar al-Assad est très forte. Et la cohérence diplomatique leur commandera de ne pas s'en écarter lors des négociations à venir. Reste à voir la réaction des syriens eux-mêmes. Il n'y a pas de raison qu'ils acceptent un compromis venant de l'extérieur, s'ils n'ont pas l'impression d'y avoir pris part.
  • Les exigences des rebelles sont aussi pertinentes que de présenter le Traité de Versailles de 1919 à l'Allemagne en 1915 au vu de la situation actuelle du terrain. Cependant on ne peut nier que le gouvernement syrien a perdu le contrôle souverain sur de larges portions du pays, que se disputent actuellement différentes branches de l'opposition aux buts divers...
  • Dans ces conditions, on ne peut prédire qu'un échec complet pour cette conférence qui maintiendrait un statu-quo préjudiciable à tous sauf éventuellement aux jihadistes. La perspective d'un semi-échec est probable, si elle permet de faire discuter les syriens et de lisser certaines oppositions en permettant un cessez-le-feu plus ou moins durable. Au vu de la situation en Syrie, il n'y aura de toute manière pas de "succès"...

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