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Éléments sur la "self-securitisation" ou "titrisation auto-détenue" (Zerohedge + Financial Stability Board)

Publié par Kiergaard sur 16 Novembre 2013, 16:41pm

Catégories : #Réflexions économiques

  • Dans un article de zerohedge qui m'a inspiré le propos après avoir lu le rapport du CSF (article précédent), j'ai été étonné que l'auteur de l'article qualifie la self-securitisation (titrisation interne ou titrisation auto-détenue) de : "Secret tacite et purulent au coeur du système bancaire parallèle".
     
  • Bien que les artifices de la titrisation soient connus ("impliquant en général un trader français diabolique dans la vingtaine travaillant pour JP Morgan et un manager de hedge funds milliardaire") depuis que les flashs ont été braqué sur elle lors de la crise des subprimes, ceux de la titrisation interne ne l'étaient pas dans la mesure où il n'y avait pas de réelle définition technique internationale reconnue. Le CSF dans le cadre de ce rapport remédie à cela, en l'excluant de son champ d'étude, non sans jeter un peu de lumière sur ce procédé qu'on peut facilement relier à la politique monétaire menée depuis quelques années par les banques centrales.
     
  • Les études sur la titrisation excluent en général ces titrisations internes (dont on trouve trace depuis quelques années), néanmoins certaines tendances récentes de la titrisation (qu'on tirera de ce rapport australien (bas de la page 10 et graphique de la page 11) montrent que quand le marché des créances hypothécaires résidentielles titrisées s'est effondré, les titrisations internes ont été utilisées de manière importantes (notamment en Australie). La raison de ce développement en Australie était que la Banque Centrale Australienne avait accepté ces nouveaux titres comme collatéral dans ses opérations de liquidité de refinancement des banques et autres acteurs. C'est ce qui ressort clairement d'une présentation PowerPoint réalisée sur le marché de la titrisation en Australie par le Bureau Australien des Statistiques (diapositive 14). C'est ce qui ressort également d'une étude du PLC Law Department : " the leading web service for in-house counsel, providing a unique combination of legal know-how, transactional analysis and market intelligence." dès 2010.
     
  • Mais je vais trop vite, la seule définition suffit : Comment le CSB définit la titrisation interne ? :
    Tout d'abord voici la liste des termes qu'on peut rencontrer : "self-securitisation", "internal securitisation", "retained securitisation".
    - "The numbers for OFIs presented in sections 2 to 4 of this report include all financial assets of Structured Finance Vehicles (SFVs), regardless of who holds the securitised products. However, in a number of jurisdictions, some of these products are returned back onto the balance sheet of the bank that originally provided the asset to be securitised. This so called self-securitisation, or retained securitisation, is defined as those securitisation transactions done solely for the purpose of using the securities created as collateral with the central bank in order to obtain funding, with no intent to sell them to third-party investors".

    - Ainsi la titrisation interne (ou auto-détenue) est l'opération par laquelle des actifs sont titrisés dans le seul but d'utiliser les titres ainsi crées comme collatéral auprès de la banque centrale dans le but d'obtenir des fonds, sans intention de vente de ces titres auprès d'investisseurs tiers. Les titres non vendus étant réintégrés dans le bilan de l'entité (banque ou entité non-bancaire).
     
  • Cette méthode de titrisation est (apparemment) utilisée depuis le déclenchement de la crise, c'est la qu'on en voit les premières manifestations dans certains bilans ou certaines études (cf textes précédents).
    - A titre d'illustration, voici l'extrait du rapport annuel 2009 de Oney Banque Accord, filiale du groupe Auchan (page 25) quand est évoquée la diversification des sources de refinancement : "la mise en place d’un programme de titrisation auto-détenue permettant l’accès au refinancement REPO de la Banque centrale".
    - Voici également ce qu'on lit sur le site de Banka Akros : "In the event of a bank originator, so-called "self-securitisation" allows clients to turn part of their assets, made up of mortgages or unsecured (signature) loans, immediately into liquidity by using the securities, guaranteed by the assets, underlying the securitisation as collateral on funding transactions with the European Central Bank."
    - Un autre exemple dans les opérations récentes relevées par la firme juridique Allens : " Advised Westpac on the A$10 billion internal securitisation of residential mortgages. This deal involved a novel fundraising approach which took advantage of the Reserve Bank of Australia's decision in late 2007 to broaden the type of collateral it was prepared to accept in repurchase agreements"
    - Dans le cas de l'Australie, il est clairement relevé que toutes les plus grandes banques ont recours à cela.
    - Une étude de la banque centrale irlandaise en 2011 est encore plus nette : "page" 114 (retained securities) : "In addition, there were retained securitisations in which
    loans were not derecognised from the balance sheet. These amounted to €32 billion at end- 2009 (the first data collected). The motivation for retained securitisations was to create eligible assets to be used in central bank refinancing operations – a trend that was seen, across many other euro area countries. This was achieved by securitisation vehicles issuing notes in the form of debt securities which were then ‘purchased’ by the domestic banks and subsequently used as collateral with the ECB
    .
    This meant that mortgages on the domestic banks’ balance sheets were being replaced by holdings of debt securities issued by securitisation vehicles set up by the domestic banks themselves.
     
  • Précisons que les titres obtenus (après une décote assez faible en général) qui doivent normalement être conservés dans le bilan de la banque peuvent être transmis si les conditions s'améliorent, ou quand les conditions pour que le risque de crédit soit transféré sont remplies (source : rapport annuel d'ING 2008 / retained securitisations)
     
  • L'auteur de l'article sur Zerohedge souligne qu'on voit bien à quoi cette technique a servie quand on voit les états qui ont eu le plus recours à cela (Italie, Espagne notamment (mais également l'Irlande si l'on en croit le rapport de la Banque Centrale irlandaise...). Les banques de ces états ont apparemment eu massivement recours à cette technique pour obtenir de la liquidité.
     
  • Un trader interrogé met en exergue le problème "moral" (général, pas celui qu'il se pose)  : "you take your worst assets... package up in an spv [special purpose vehicle] (which removes them from your gaap balance sheet) then flip to central bank for cash at modest haircut and boom revenues..."
     
  • Autre problème :
    "Where this mindblowing, circular scheme in which riskless central banks serve as secret sources of incremental bank funding, i.e., free money, gets completely insane, is the realization that these self-securitized assets can also participate in rehypothecation chains." "Which means that should these same banks that self-securitize with Central Bank X, then proceed to re-use the same security with the same counterparty - i.e., their host central bank, or the Fed of course - then this $1.2 trillion in assets, already carried off-balance sheet with Basel III's blessings, can get 2x, 3x, 5x, 8x, 13x or more turns of leverage on them, as for the shadow bank it is the central bank that is the (up to infinity) levered counterparty. And the central bank, as everyone knows, can always just print money if and when the worthless collateral backing the bank's self securitization ends up worthless."
     
  • Le montant notionnel total, non leviérisé, de "titres internes" atteint 1 200 milliards de dollars... 1 200 milliards de dollars de titres non encore leviérisés ont servi comme collatéral pour obtenir des financements d'une banque centrale...

 

 

Je résume :

L'ingénierie financière permet à des banques disposant d'actifs douteux de les titriser afin de : 1° réduire les pertes de leurs bilans // 2° Obtenir des financements auprès des banques centrales en utilisant ces titres comme collatéral.
- Des volumes très importants d'actifs ont ainsi été titrisés, principalement par des états dont les systèmes bancaires étaient en difficulté.
- La manière dont ces titres peuvent être revendus, puis réutilisés comme collatéral est floue et laisse subsister le doute que cette ingénierie financière puisse permettre des refinancements "indûs"...
- Dans ce contexte, il apparaît dangereux de sortir ces éléments du cadre d'analyse du risque systémique.
- On constate clairement l'inventivité des banques et autres entités quand il s'agit d'obtenir de l'argent frais sur le dos du contribuable en déjouant les critères de Bâle II (et 3) et les règles d'éligibilité de collatéral fixés par les banques centrales...
- Cette "innovation" permet d'éviter la comptabilité "mark-to-market" pour les actifs pourris (ou méthode de la juste valeur) et de les exploiter à une valeur plus forte.

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